Mon avis sur : « l’amour dure trois ans » réalisé par Frédéric Beigbeder

Mon avis sur : « l’amour dure trois ans », réalisé par Frédéric Beigbeder, en salle depuis le 18 janvier 2012

Vendredi 20 janvier 2012, 19h50 au Gaumont Opéra du Boulevard des Italiens. Projection : « l’amour dure 3 ans » du réalisateur Frédéric Beigbeder.

Signes particuliers du réalisateur : publicitaire, auteur touche à tout, membre sous ecstasy du Rotary Club, consommateur de drogues dures sur les capots de voitures, amateur de blondes, brunes, rousses mesurant plus de 1m75, barbe fournie pour cacher un menton fuyant, fréquente exclusivement la rive gauche.

20h20, la salle pleine à craquer de ses 411 spectateurs, plonge dans le noir. En route pour « l’amour dure 3 ans », adaptation du roman paru en 1997, qui  fit le buzz le temps d’un automne littéraire.

Premier plan impeccable : interview désabusée de Charles Bukowski. Première chanson de fort bon gout : la voix mélancolique de Ellie Goulding nous berce d’un « This is your song », chipé à Elton John. Sur l’écran, Elisa Sednaoui alias Anne et Gaspard Proust alias Marc Marronnier sont mariés, marchent sur les quais de Seine, profitent de la lumière déclinante, achètent des meubles, lisent ensemble puis séparément, font l’amour ensemble puis séparément. Images de scopitone et musique langoureuse. Serait-ce la dernière pub Chloé pour le lancement de son nouveau parfum l’éphémère ?

Eh bien non,  le spectateur assiste au film « L’amour dure 3 ans ».

Au commencement,  il y a Marc Marronnier : chroniqueur mondain, désabusé de fêtes et de vacuité, qui se fait larguer par Anne. Anne, dont la douce main blanche, s’est transformée après 3 ans de vie commune, en un gant Mapa de ménagère de plus de 50 ans. Au bout du rouleau, notre héros interprété par un Gaspard Proust handicapé du sourire, décide de coucher sur papier ce triste constat amoureux. S’ensuit le nihilisme dans la débauche du trentenaire accablé d’ennui. Que c’est difficile d’être écrivain, on boit, on se vomit dessus et Beigbeder réalisateur écrit sur l’écran de ses nuits blanches ses jolie phrases toutes faites sur l’impossibilité d’aimer. Nous sommes déjà sous le charme Moet et Chandon de notre ingénieux réalisateur publicitaire. Enfin, notre héros, rencontre le temps d’un enterrement familial à Guéthary – village du pays basque nimbé de vagues géantes et de bleu Klein – celle qui va tout changer, comprenez Alice.

Alice, sublime « Louise Bourgoin » -chapeauté d’une capeline, lèvres ourlées de cerise – plante dans le cœur de Marc son regard de nymphe libérée. Seul petit hic, Alice est la femme du cousin de Marc, joué par un « Nicolas Bedos » versus polo Lacoste et mocassins Tod’s. Marronnier, « pas très famille », va renouer avec les sentiments et tout faire pour conquérir sa belle. Malchanceux, alors qu’il vit sa love story avec Alice, son  premier roman intitulé « l’amour dure trois ans »  est publié par une éditrice vénéneuse, irrésistible « Valérie Lemercier ». Le Qui proquo littéraire va tourner au fiasco sentimental sous les ors du Café de Flore.

Pour ses premiers pas de réalisateur, Frédéric Beigbeder s’est donc auto-adapté. On sent qu’il aime Sautet, Woody Allen ou Billy Wilder mais a-t-il digéré son SOME LIKE IT HOT ?  Habilement – parce qu’il a forcément du talent –  Beigbeder réussit à insuffler des moments de grâce à son premier long métrage. J’ai aimé la référence musicale à « Michel Legrand », qui berce avec beaucoup de romantisme stylé les errances sentimentales du héros. J’ai aimé Alice-Louise Bourgoin, sorte de Bardot moderne avec le côté dur des filles d’aujourd’hui. J’ai aimé Valérie Lemercier en éditrice blasée ; Frédérique Bel-Jonathan Lambert forment un couple branché langue anglaise à mourir de rire. Anny Duperey, mère féministe revancharde et Bernard MENEZ, père frivole amateur de chinoiseries, sont de délicieux macarons forcément Pierre Hermé. Seul  Joey Starr ne tire pas son épingle du jeu et n’est pas crédible dans le rôle du meilleur pote. Là ou Maiwenn avait sur tirer parti de sa vérité dans Polisse, Beigbeder le ridiculise. L’icône du rap n’est pas à sa place chez les bobos en Zadig et Voltaire.

Cependant, quelque chose n’aboutit pas dans ce film, au même titre que dans de nombreux ouvrages de l’auteur. Tout comme ses illustres aînés, Beibgbeder veut lui aussi dépeindre son microcosme bourgeois avec piscine dans appartement de 500 m2. Mais là où Claude Sautet donne une dimension universelle à sa peinture sociale, Beigbeder ne réussit qu’à peindre son sujet sans lui donner une autre couleur. L’amour dure 3 ans n’est pas César et Rosalie ; L’amour dure trois, tel un bel objet dans une bibliothèque Conran Shop, finira par prendre la poussière. Le film ne possède pas cette petite musique qui permet à une œuvre d’art de passer le cap des années, tout simplement parce que la virtuosité n’est rien sans le cœur. L’amour dure 3 ans mais le film ne dure que 1h38 minutes.

22 heures. Fin de la projection. Il est temps d’aller manger des sushis en méditant cette phrase de Marcel Proust : « l’art véritable n’a que faire de proclamations et s’accomplit dans le silence ». A bon entendeur, salut.