Mon avis sur : "Le paquet" pièce de théâtre poignante de Philippe Claudel

 "Le paquet" une pièce pour un homme seul…

1ère de couverture le paquet. Le livre de poche

Philippe CLAUDEL est un magicien de la littérature française. Tour à tour romancier, scénariste, metteur en scène,  il s’essaye pour la seconde fois à l’écriture théâtrale avec "Le paquet". Ce texte aussi court que dense est basé sur l’errance d’un personnage qui nous accompagne le temps d’un monologue. Cette pièce a été interprétée en 2011 par Gérard Jugnot, l’occasion pour ce comédien de renouer avec les planches après une pause de huit années.

 "Le paquet" est une pièce en apparence toute simple : l’histoire d’un homme ordinaire qui trimballe sa vacuité autant que l’indifférence des autres. La cinquantaine, mal fagoté, ses semelles usées le mènent à proximité d’un banc public où il peut enfin déposer son précieux et unique bien : un immense paquet dont la forme évoque celle d’un corps. S’assurant que personne ne l’observe, l’homme confie aux spectateurs-lecteurs les aventures qui ont émaillées sa vie ; aventures dont on ne sait pas si elles réelles ou le fruit d’une imagination que la solitude a rendue fertile. A défaut de déficeler son précieux bien, il vide son sac de vie fait de grotesque et de poésie. Qui était cet homme ? Un business man avisé ruiné par le monde des affaires ? Un banquier respectable devenu irrespectueux ? Un orateur entouré d’une cour d’oreilles toujours prêtes à l’écouter ? Un bricolo amoureux fou d’une femme belle comme le jour ? Le gentil beauf au caddie du supermarché ? Un surdoué ? Un paumé ? Un homme de raison ou celui qui perd la raison ?

 Philippe CLAUDEL ne nous fournit aucune réponse, nous laissant démunis face à nos  interrogations et autres petits mensonges. Ne sommes-nous pas prêts à tout pour conserver notre propre paquet ? Ne trainons-nous pas inlassablement nos valises pleines d’un espoir que nous n’avons jamais osé prononcer ?

Cet homme sans nom, que la société marchande a désorienté, n’aura pour consolation que l’errance ; une errance froide et vide présentée comme la seule issue envisageable dans ce monde qui nous dépossède de notre identité. Mais n’est-ce pas nous qui collectivement avons rendu possible cette glorification de la possession ? N’est-il pas déjà trop tard pour faire marche arrière ? Toujours pas de réponses de l’auteur, qui jusqu’au dénouement laisse son lecteur-spectateur en plan face à sa propre remise en question. "L’homme au paquet" n’a pas fini de nous hanter, comme nous hanta en son temps la phrase toujours aussi actuelle  d’Albert Camus : « L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde."

Avec cette pièce de théâtre, Philippe Claudel signe à nouveau un texte poignant et lucide sur notre faillite idéologique. Sans faire son prêcheur de paroisse, il s’aide de sa plume légère et poétique, non pas pour caresser mais pour rendre son lecteur conscient et éveillé. Ne reste plus au lecteur qu’à passer à l’action afin que le monde et l’homme ne divorcent pas définitivement.

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