"Laissez-moi" un sobre récit épistolaire de Marcelle Sauvageot : l’ultime supplique à l’être aimé

"Laissez-moi", l’unique récit épistolaire de Marcelle Sauvageot

"Un petit volume si amer, si pur, si noble, si lucide, si élégant, si sévère et d’une tenue si haute dans son allure désolée et déchirée…" Paul Claudel

1ère de couverture "Laissez-moi" de Marcelle Sauvageot. Editions Phebus. Paris 2004


Laissez-moi.
Injonction fière et désenchantée ou ultime supplique afin que l’oubli soit rendu possible. En écrivant ce court et unique récit épistolaire publié en 1934 et réédité à de multiples reprises, Marcelle Sauvageot se savait condamnée. C’est donc en femme affranchie, avec cette clairvoyance propre à ceux dont la fin est proche, qu’elle livre son âme endeuillée par une rupture amoureuse.

Rupture subite dont son amant l’informe par courrier alors qu’elle se trouve pour de graves raisons de santé en sanatorium. A l’aide de peu de mots, de mots simplement nécessaires, la jeune femme radioscopie les pâles subterfuges et lâchetés de l’être aimé pour annoncer la fin d’un amour. Mais les exigences d’une grande âme ne peuvent se satisfaire de l’amitié, sorte d’accommodement aussi stérile qu’à sens unique destiné à apaiser la sanction de l’abandon. Sans laisser ses larmes prendre le pouvoir, l’auteure ne permet ni aux compromissions ou espoirs de seconde zone d’infiltrer sa sobre introspection. S’affranchissant de toute complaisance, c’est par la grâce de sa plume  racée qu’elle revient sur cet amour envisagé un temps comme une alchimie faite de partage et de compréhension. Lourdement affaiblie par ses problèmes de santé, elle évoque aussi l’inexorable cruauté de l’amour face à la maladie incurable.  Le constat qu’elle nous offre à lire est un enseignement d’une acuité lumineuse.

Ce récit confidentiel, auquel Marcelle Sauvageot avait donné pour titre « Commentaire », s’impose donc comme une leçon d’intégrité intellectuelle tant il est éloigné de toute surenchère émotionnelle. Interrogée sur ce texte Clara Malraux, compagne d’André Malraux, eut les mots suivants « Premier livre écrit par une femme qui ne soit pas de soumission… livre de tristesse noble, livre de dignité ! Admirable ! ». Au-delà d’être un livre de dignité, Laissez-moi est aussi l’aveu d’un chagrin immense, celui de la perte de l’être aimé. L’être aimé aux tendres imperfections auquel une femme libre ne peut accorder cet amour sans ailes qu’est l’amitié. Laissez-moi fut la dernière et seule réponse de Marcelle Sauvageot.

Astrid MANFREDI, le 18/11/2012

Informations pratiques :
Auteure : Marcelle Sauvageot
Editeur : Phébus, Paris 2004
Nombre de pages : 125
Prix France TTC : 10 euros

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