Adieu ma concubine

Concubine Yang minisérie

ADIEU MA CONCUBINE

Boulevard Poissonnière, 12h00, le ballet des automobiles rythme le pouls sonore. L’odeur des chariots de poissons a laissé place à celle des pots d’échappement. Prise en tenailles entre le GRAND REX et le café sans café du STARBUCKS, la boutique MISS COQUINE’S dévoile ses tenues 100% Made in China. Logo clinquant, baies vitrées, mannequins décapitées taille 36, la devanture appelle à la surconsommation.

 A l’intérieur, quasi personne, une vague odeur de plastique monte à la gorge. Fulgurantes, les couleurs envahissent le champ visuel.

A l’extrême gauche, radioscopique mon œil zoome sur le plagiat très réussi de la marinière Sonia Rykiel pour 19,90 euros. La matière gratte un peu, mais on s’en fout, ce n’est pas ça qui compte. Qu’est ce qui compte d’ailleurs ? La fille derrière la caisse, montre rose bonbon au poignet, tape frénétiquement sur sa calculatrice. A ses côtés, une jeune fille aux tresses noires ;  l’ingénue regarde ses pieds.

Attirée par un sac, copié-collé de celui d’un créateur branché, je m’adresse à Miss ingénue pour connaître le tarif. Pas de réponse. Ou alors si, une vague réponse, un fort accent, des yeux mi-clos, une bouche griotte. Gong li a perdu son palanquin et la cité interdite a changé de continent. Concubine égarée au pays du vaudeville, ma petite vendeuse ne sait pas ce qu’elle fait la. Ou dort-elle ? D’où vient-elle ? Quel passeur bienveillant lui a soutiré ses économies ouvrant le droit au travail dans la ville providence ?

Je ne sais pas non plus ce que je fais là. Je laisse le sac à sa vie de sac. Miss ingénue retourne à l’admiration de ses pieds débandés.

12h30, le boulevard poissonnière grouille d’employés de bureau. Un rouleau de printemps me fait de l’œil. Je me vais faire un petit chinois à emporter. Merci Mao.

Astrid MANFREDI

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