Des vents contrariés

Mon avis sur : « Des vents contraires », film réalisé par Jalil Lespert, en salle depuis le 14 décembre 2011

Après le très confidentiel 24 mesures,  notre « petit lieutenant » Jalil Lespert reprend la caméra, rejoignant ainsi la jeune génération des acteurs réalisateurs emmenée par un Guillaume Canet et une Maïwenn Le Besco triomphants.

Pour son deuxième Opus Jalil Lespert s’empare du très beau roman d’Olivier Adam : « Des vents contraires ». Regard sur l’absence, le deuil impossible, le roman nous embarquait à travers le personnage de Paul,  père amputé de sa femme mystérieusement disparue, dans un St Malo balayé par les vents, hanté d’hommes et de femmes en quête de liens humains.  Pari difficile pour ce jeune réalisateur que d’adapter l’intime là où le pouvoir d’évocation des mots rendait grâce à ces êtres sans boussoles.

Pour cette adaptation libre Jalil Lespert s’est entouré de bons comédiens et a travaillé avec une infinie délicatesse ses seconds rôles qui chipent  la vedette au premier rôle. Isabelle Carré, vibrante de blondeur, est impeccable en inspectrice à mi-chemin entre la raison et l’émotion, Antoine Duléry compose un frère de sang tout en justesse et Marie Ange Casta est une sensuelle croqueuse de vie, fougueuse adolescente qui veut tout plaquer sans oser aller jusqu’au bout. Quant à la touche émotion, elle revient haut la main à Ramzy Bedia, bouleversant interprète de Samir, kidnappeur gauche et bienveillant de son propre môme. Une fois sortie de la salle, je n’ai pu oublier sa silhouette dégingandée de désespoir, ni la vérité qu’il sait donner aux mots du personnage.

Quelques jours après la projection, je reste finalement plus réservée quant à l’interprétation de Benoit MAGIMEL sur lequel repose toute l’intrigue. Mari d’une femme disparue, écrivain cherchant l’inspiration, jeune père à l’ouest de nulle part dans l’incompréhension de la sève de sa progéniture, Magimel disposait d’une palette de registres pour donner du relief aux émotions de son personnage. Il se contente d’être très présent physiquement, de peu jouer, de travailler la retenue, mais est-ce suffisant pour rendre grâce à toute la complexité du personnage de Paul ? Il manque de la chair, quelque chose de vital dans son interprétation pour la couronner. Benoit Magimel porte trop  bien les Ray ban,  là où la spectatrice que je suis aurait préféré voir ses yeux. Je ne peux m’empêcher d’imaginer ce dont aurait été capable un Patrick Dewaere, celui du Série Noire de Corneau.

Ainsi, « Des vents contraires » ne nous font pas voyager plus loin que leur destination, malgré des seconds rôles tout en justesse et l’indéniable photogénie de la Bretagne. Je recommande en priorité la lecture du roman pour celles et ceux qui souhaitent découvrir une écriture racée et moderne, une écriture au service d’une belle histoire de résilience dont la caméra peine à rendre l’intime substance.

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