Mon avis sur : « Au-delà du mal » écrit par Shane Stevens – Editions Sonatine

1ère de couverture Au-delà du mal Editions Sonatine

Au-delà du mal » de SHANE STEVENS Publié aux Editions SONATINE (cliquez pour retrouver l’actualité des Editions SONATINE)

Thomas Bishop : un nom qui claque comme un coup de cravache auquel on ne s’attend pas, un vrai nom de héros pas comme il faut. Pas comme il faut, né au mauvais moment, d’une mauvaise mère, d’une histoire sordide – celle d’un viol perpétré par le violeur Caryl Chessman – Thomas Bishop a définitivement gagné sa place au panthéon des psychopathes du roman noir made in USA. Désolée pour la production française, mais nos amis yankees restent les maitres incontestés du genre. Au pays du hamburger, les névroses ne poussent-elles comme des verrues sur des autoroutes interminables ?

« Au-delà du mal », est un sublime face à face entre deux hommes qui n’ignorent rien des ténèbres de l’âme. L’un : Thomas Bishop, tue sa mère à l’âge de 10 ans. Placé en hôpital psychiatrique depuis son enfance,  il s’en échappe à 25 ans avec brio, entamant une course meurtrière à travers le pays qui l’a puni. L’autre : Adam Lenton, journaliste d’investigation misanthrope à la plume libre, est mandaté par la presse qui compte pour enquêter sur le profil de Bishop.

Pas de gagnant au pays du meurtre ; seulement des victimes, des femmes haies, méprisées, massacrées par la main du diable. Bishop à la gueule d’ange, Bishop le méthodique, est un Dorian Gray fils de Hannibal Lecter, tuant comme il respire. Handicapé de l’amour, touchant de par son ignorance du monde, la lectrice bienveillante que je suis a presque eu envie de lui tendre la main, de lui enlever ce couteau qu’il plante dans l’inconscient de sa mère. Car c’est bien là la force de ce roman, l’attachement pervers qu’il génère pour le mal qui peut se cacher n’importe où et sourire poliment à la dame. Le mal est beau, dangereusement attirant, le mal nous donne envie de danser avec lui et de hurler à la lune. Le bien est tellement ennuyeux.

Adam Lenton – notre journaliste – ignore aussi à sa façon le bien, surtout celui qu’il ne fait pas aux femmes de peur de s’y attacher. Pour lutter contre le mal, il faut le mal. Le mal reconnait le mal même si dieu ne reconnait pas les siens. Les deux hommes vont se flairer, habiter l’un dans l’autre. S’ensuivra un dénouement apocalyptique avec ce qu’il faut de mystère pour nous coller au mur.

En arrière-plan, « Au-delà du mal » est aussi un grand roman de la tradition journalistique, dans la veine du « De sang froid de Truman Capote ». Analyse au vitriol du monde des affaires, de la presse à scandale : celle qui s’allie au pouvoir politique et manipule l’Amérique d’en bas. Shane Stevens s’appuie également sur l’histoire vraie de Caryl Chessman – celui que Bishop pense être son géniteur – condamné à mort pour viol, qui médiatisa sa condamnation en lançant un appel contre la peine de mort. A croire qu’il n’a pas encore été entendu.

Shane STEVENS, fantôme de la littérature américaine à la plume aiguisée de noirceur, disparu sans laisser de trace depuis 1981, nous livre avec ce roman une réflexion sur la nature de  l’homme et sa tentation du mal. Aurions-nous tous quelque chose en nous de Thomas Bishop ? Je n’ai pas encore la réponse…

« Tu me demandes pourquoi tu es né dans une ville de monstres et d’assassins…Je vais te le dire : parce que tes bien-aimés ancêtres, en secret et en silence, ont commis des crimes inqualifiables, et aujourd’hui tu dois en payer l’ignoble prix ! » Hermann Hesse

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