Mon avis sur : « La femme de l’allemand » écrit par Marie Sizun – Editions le Livre de Poche

Deux très belles découvertes d’auteures ce mois-ci même si elles ne plus sont plus dans l’actualité littéraire – une actualité tellement ogresse qu’elle en empêche la digestion des mots – Mes deux coups de cœur datent de l’année 2008 et sont reliés par un fil d’Ariane d’une infinie délicatesse, celui d’une écriture féminine aussi vibrante que combattante.

Mon Premier coup de cœur :
« La femme de l’allemand » écrit par Marie Sizun, Editions le Livre de Poche

1ère de couverture la femme de l'allemand - Editions le livre de poche

« La femme de l’allemand » est Fanny : Fanny la belle, la rebelle, Fanny la folle, celle qui fait tout trop haut et trop fort. Celle qui l’observe, tantôt admirative, tantôt méfiante puis terrorisée n’est autre que Marion, sa fille. Au fil des pages nous découvrons au travers du regard de cette petite fille privée d’enfance – qui est aussi la narratrice du roman – les ravages causés par la psychose maniaco-dépressive dont souffre sa mère. Face à face perpétuel entre le jour et la nuit, la bipolarité incurable s’immisce dans ce duo féminin. Maladie honteuse que celle du remord, celle de  la culpabilité, celle des sentiments qui ignorent la tiédeur. Fascinée par cette mère hors norme qui exige l’amour, Marion se souvient des moments doux mais aussi des plus durs, ceux qui malheureusement restent.  « Mais c’est en rentrant bien plus tard, qu’elle chante. Très fort, tu l’entends arriver depuis la fenêtre. Tout le monde doit l’entendre dans la maison…..Mais elle a réussi à passer entre les gouttes, sans se faire prendre, elle est libre ; et quand tu refermes la porte derrière elle, tu as l’impression d’accueillir une rescapée. En a-t-elle conscience ? … »

Marion, fille de folle, fille de l’allemand, fille sans père, fille d’une guerre aussi connue que méconnue. Marion, fragile héroïne face à un destin sous lithium, fera tout pour préserver une relation fusionnelle avec cette maman pas comme les autres dont l’amoureux partit un jour pour rejoindre le front russe. Mirage ou réalité, on comprend que la folie de Fanny prit racine dans cet amour impossible que la guerre mit sur son chemin, un chemin qu’éclaire faiblement un vaillant coquelicot prénommé Marion.

Avec ce livre délicat au charme dérangeant, Marie Sizun nous plonge sans complaisance dans les profondeurs d’une folie maternelle aussi destructrice que fascinante. A contrario de Delphine le Vigan – fille de mère bipolaire qui hante de sa détresse et blondeur BCBG  les plateaux télé – Marie Sizun cultive la discrétion des mots justes : ceux qui enchantent autant qu’ils désenchantent. Sans  juger la maladie mentale, elle nous immerge dans ses mécanismes les plus pernicieux qui finalement nous la rendent proche, tolérable autant qu’intolérable. Il suffit d’un rien pour passer de l’autre côté et c’est aussi l’objet de ce livre : une promenade dans la folie « doucâpre » de ceux qui nous sont chers.

Retrouvez très bientôt sur le blog « laisse parler les filles » mon second coup de cœur pour : Le  Journal d’Hélène Berr préfacé par Patrick MODIANO.

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