Le 14 février Valentine rend hommage à David Lynch, Silencio !!

En ce lovely day, j’ai voulu par ce texte – en forme de clin d’oeil au film Lost Highway – rendre hommage au grand réalisateur David Lynch qui aime tant les femmes, leur folie, leur beauté, leur innocence perdue. J’ai aussi voulu honorer tous ces hommes sur le fil du rasoir fous d’amour pour des femmes fatales qui leur sont fatales. Ami(e)s de Mulholland Drive, Blue Velvet, SILENCIO !

PAMELA SUE

Ici, ça sent l’argent et le sexe. Ici, on n’accepte pas la vie comme elle est, on l’invente. Le dahlia noir hante les petits matins tandis que sur l’asphalte ses rêves se brisent. Ici, on croise le fantôme d’Elvis, les nuits blanches de Norma Jean, le regard oblique de Bacall et les confidences fusent pour mourir sur l’oreiller. Ici, les anges ont des sexes béants dans lesquels je bousille le fric que je me tue à gagner. Ici, c’est ma ville. Je bouge à son rythme, en garde les clés, me console sur ses trottoirs, m’époumone sur son gospel, me trahit dans ses peep show. Ici, les filles ont la peau douce, elles me sucent jusqu’à la lie et avalent sans se méfier. Après, j’ai envie de mourir.

Plus haut, il y a une colline qui réinvente notre histoire ; elle se voit depuis la lune et Dieu le père s’en fout. Ici, c’est ma ville, la cité des anges, ses actrices émaciées qui puent le gin et la romance. Elles sont blondes, brunes, félines sur Mulholland street. Ca parle chinois, espagnol, anglais, tout le monde bouffe des protéines, se shoote au bord des piscines ou attend une balle perdue.

Il fait faim, il fait soif. Mon sexe turgescent convoite la proie pour s’affamer de désir.

Il est 20 heures, la nuit guette la lune, les diams caressent les blondes, tandis que comme un damné je souffle dans l’instrument de mon désespoir. Toujours 20 heures, je suis au Pink Flamingo, les types bedonnants se grattent les couilles, les bières sont tièdes. Les femmes se vautrent, poupées gonflables hallucinées, prêtes à tout pour un regard, un petit bout de succès. La moiteur s’empare de mes tripes tandis que ma chemise, mon pantalon et mon saxo happent le noir et ses tourments.

Je souffle, vais crever. Plus d’air, j’attends le son. Une fille est juchée sur le bar et tient ses seins à pleines mains, il lui manque des dents dans le fond, l’Amérique qu’Obama ne verra pas. Elle se touche le sexe, les gros sortent les billets, les clés du succès frémissent au bout de leurs doigts.

Enfin, exténué je crache ma fumée. Le son est là, cristallin. Je ferme les yeux, les ouvre puis te vois. Tu es face à moi, vulgaire comme on n’ose plus le faire, avec tes yeux de biche, ton soutien-gorge, ta frange, noirs absolument noirs. Je te vois et deviens aveugle, m’approche, tandis qu’un vieux beau joue avec ta cuisse. Tu passes la langue autour de tes lèvres. Je souffle, tu susurres

–          Summertime pour Pamela Sue

J’enchaine. Le Jazz d’or, les divas noires, le Cotton club, tout se mélange. Suspendu à tes seins, je suis fait comme un rat. Plus tard, il y eut les motels crasseux, j’ai joué Miles puis Chet, oublié les autres, payé à crédit, épié tes gestes et trouvé la clé organique de mon désir de brute.

Ici je ne suis pas né, mais ici je mourrai. Comme un chien, un chien enragé de bruit et de fureur. Fou absolument fou de Pamela Sue.

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