« La mémoire, ce passé au présent » un texte lucide et touchant de Anastasie

Je vous invite à découvrir le nouveau texte de Anastasie, déjà auteure du texte Valéria publié sur le blog « Laisse parler les filles ». Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier mot à mot et il retrace sous une forme à la fois ludique et touchante le souvenir  d’une relation amoureuse dont la guérison semble impossible. « La mémoire, ce passé au présent » écrivait le célèbre chroniqueur François Chalais ; ce texte d’Anastasie lui donnerait-il raison ?

MEMOIRE

Docteur,  s’il vous plaît, pouvez-vous me greffer une mémoire ?

Oui, j’en ai une ; mais elle est très malade et me fait beaucoup souffrir.

Comment vous ne pouvez pas ?

Avec les progrès de la science ne me dîtes pas que c’est impossible !

Il le faut Docteur, ma vie en dépend.

Donnez-moi une mémoire toute neuve, sans touche « replay »

Simplement une fonction « stop » et « remove »

Donnez-moi une mémoire morte si cela est moins cher !

Formatez mes neurones. Mais il me faut tout oublier.

Je ne me souviens que de Lui.

Je le vois défiler dans un film.

A chaque battement de cils : une diapo.

C’est un long métrage en rembobinage automatique

Voulez -vous le voir ? Dépêchez -vous, on est revenu au début

Ces images en noir et blanc, elles sont belles n’est-ce pas ?

Regardez, c’est Paris, rue du Faubourg Saint Honoré, chez Mariage Frères

Boire un thé bleu sans refaire le monde, juste le nôtre.

Je me vois dans ses yeux, m’entends dans ses mots, goûte ses désirs

J’ai trouvé l’homme de ma vie, je veux tout de lui et je porterai ses enfants

Attendez Docteur, ce n’est pas fini. Observez s’il vous plaît.

Voyez, comme il change, il se fait distant.

Il semble très préoccupé, n’est-ce pas ?

Mon amour est absent… Il est mal à l’aise et ne me voit plus

Me voila seule, chez moi,  repue d’interrogations

Dépassée par la situation, endolorie d’anxiété

Mon téléphone vibre, c’est le dénouement.

Mes larmes. C’est fini.

Et puis nous y sommes de nouveau, Docteur, la rediffusion commence. Encore une.

Elles sont plus ou moins longues mais le début et la fin restent identiques

Je l’aime, il me quitte.

Formatez mon cerveau Docteur je vous en conjure !

Otez-moi ce film de la tête !

Vous préconisez d’abord un premier traitement ?

Soit, essayons. En cas d’inefficacité, nous reprendrons rendez-vous dans quinze jours

Pas de résultat sans un suivi rigoureux de l’ordonnance.

D’accord. J’ai compris.

Commencer par coucher avec son collègue, poursuivre par son meilleur ami puis terminer par son frère. Pour une action plus radicale, rajouter son chef.

Pas de contre-indication.

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