8 mars 2012 boycott du film « Les infidèles » : une affaire de femmes

8 mars 2012 17h00, les Grands boulevards s’activent et moi avec, toute pressée que je suis de rejoindre mon nid douillet. Dans ma poche, le portable vibre avec insistance attendant qu’une main bienveillante décroche le fameux sésame vert qui accordera la mise en contact amicale. Bingo, c’est une copine qui  toute guillerette me hurle dans l’écoutille «Dis Astrid, que fais-tu ce soir, ça te dirait de voir le film les infidèles ? » Pas complètement irrigué mon cerveau met un certain temps à connecter son sens de la réparti. Quelques secondes et une station de métro plus tard, le portable coincé sur l’oreille et les mains encombrées de trois sacs, ma réponse fuse « Mais c’est la journée de la femme ».

Le rire sonore de mon amie propulse ma tête en arrière, mon portable s’échoue aux pieds d’un cadre qui n’a plus de dynamique que le costume, tandis que mes mains lâchent les trois sacs de victuailles. Pivot du buste maladroit, je récupère mon téléphone, qui n’a pas survécu au choc et me nargue de son écran noir. Serait-ce Jean Dujardin qui de son olympe américain m’a envoyé un rappel à l’ordre me menaçant de me couper du monde si je boycottais les Infidèles ? Serait-ce un gros mot de dire qu’en cette journée de la femme et bien non je n’ai pas envie de voir sur grand écran des hétéros en costumes tergal plonger leurs bouches avides dans des décolletés siliconés ? Je sens la colère me monter, empourprer mes joues tandis que je récite intérieurement mon mantra féministe – même si je porte toujours mon soutien-gorge – . Tout ça pour ça ai-je envie de hurler au cadre toujours pas dynamique qui me toise de son air de poisson chat. Depuis plusieurs semaines, les femmes de France et de Navarre assistent médusées aux conférences de presse de nos deux nouveaux machos du 7ème art : Gilles Lellouche et Jean Dujardin. Sans oublier Guillaune Canet, qui glousse très auto-satisfait de se joindre au tandem d’Aldo Maccione sans la classe. Et ça jacasse sur les plateaux télé, ça parle de références à Cinecitta, aux Monstres de Dino Risi sans oublier de citer Patrick Dewaere qui tape surement du poing dans sa tombe en se voyant ainsi glorifié par les deux hurluberlus à la tchatche « marketée ».

Mesdames qui que vous soyez : Lolita, working-girl, romancière avec ou sans idées, caissière, pute de luxe, pute tout cours, cafetière, esthéticienne, Jessica Rabbit, Simone de beuverie, tenancière du bordel mondial, politicienne vertueuse, femme à lunettes ou Lara Croft qui dégaine, brushing lissé ou boucles libertines, Louboutin ou Repetto, salade frisée ou choucroute garnie, top model ou sans modèle, Chabrolienne ou Hitchcockienne, n’oubliez pas que le poète a toujours raison : « l’avenir de l’homme c’est la femme, elle est la couleur de son âme »

Station La Motte-Picquet Grenelle, je m’extirpe tant bien que mal. Mon portable est toujours au point mort tandis que mon cœur se félicite d’être si vivant et de battre au féminin.

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