Et si nous parlions de nos défauts : découvrez Milla, la fille sismique

Mardi 24 avril 2012, et si nous parlions un peu de nos défauts ?

Défauts dont nous avons honte, défauts que nous dissimulons, avouons à demi-mot, qualités de nos défauts, poivre de nos vies corsetées, défauts des autres, défauts à moitié pardonnés… la liste est longue de ce qui constitue nos petites et grandes faiblesses. Thème abordé lors de l’atelier mot à mot animé par la romancière Joelle GUILLAIS, je vous invite donc à découvrir mon texte « Milla », l’histoire d’une fille sismique qui vous plante ses défauts dans le coeur….

MILLA

Milla. Ce fut sismique, façon terre qui tremble sans prévenir. 8,10 sur l’échelle de Richter. Les secours ne sont jamais venus. Je suis resté en plan, dévasté.

Milla. La première fois que je l’ai vue, je n’ai écouté que sa voix de pétroleuse qui fusillait les idées reçues. Elle avait le verbe haut perché, mal poli. Tout sauf une sainte nitouche. Ses yeux balayés par le noir de sa frange me rendirent encore plus con que je ne l’imaginais. Ses ongles rongés, son vernis écaillé auraient dus m’alerter, mais voilà je suis faible. C’est mon talon d’Achille.

Petit déjà, je mangeais moins, mesurais moins, faisais tout en moins avec une spécialisation précoce pour le zéro qui n’a fait que me poursuivre. Si un 10 s’approchait d’un peu trop près, hop je le taclais, préférant retrouver mon état de fossilisation cérébrale.

Milla, aucune douceur, elle était tout sauf une gentille femme. Elle flanquait même des coups de pied à son chien, c’est pour dire. J’ai pris le relais, trop content d’avoir enfin une maitresse. Il me suffisait de la voir en petite culotte et tous mes ressentiments s’évaporaient. Bonté divine, grâce à elle je n’ai plus senti dans mes entrailles le rappel à l’ordre du remord. Avant, avec les femmes je culpabilisais, mentant sur mon salaire, mon niveau social ou mon appartement. J’avais peur de toucher leurs brushings, les perles de bon goût autour de leurs oreilles. Je partais sans laisser de numéro. Rien. Le parfait salaud.

Milla, un vrai volcan toujours en activité. Elle avait un goût de mort, de précipice dont on ne revient pas. Tel un Frison roche maladroit, j’escaladais ses blessures. Elle ne foutait rien mais avait toujours du fric plein les poches. Elle disait que c’était sale mais ajoutait que c’était tout de même plus propre que de se tuer à le gagner.  Elle était comme ça Milla, sale dedans et sale dehors avec son vernis écaillé et ses escarpins en coups de poignard.  Je n’ai jamais voulu la gratter  préférant  me vautrer dans sa colère.

Nous étions deux serial-killers sans victimes, choisissant de nous dévorer sans nous mâcher. Elle est partie, elle n’avait pas le temps de pleurer.  Elle m’a pété une côte avant de partir. Elle cherchait surement à me couper le souffle. C’est réussi, je ne respire plus.

Je ne regrette pas le bien qu’elle m’a fait mais le mal qu’elle aurait pu me faire. On n’est pas parfait.

Astrid MANFREDI, le 24/04/2012

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