« Les heures silencieuses » de Gaëlle Josse : un roman qui en dit long

Mon avis sur : « Les heures silencieuses »

Auteure : Gaëlle Josse
Editions : Autrement, 2011
Nombre de pages : 88

88 pages qui en disent long. « Les heures silencieuses » dont il est question dans ce premier roman s’égrènent en compagnie d’une toile du peintre Emmanuel De Witte : « Intérieur avec femme à l’épinette ».

1ère de couverture « Les heures silencieuses »

L’auteure s’empare du mystère de cette femme-musicienne vue de dos, pour tisser sa toile narrative et nous conter l’histoire d’une vie : celle de Magdalena Van Beyeren.  Née à Delft, ville de Hollande  méridionale chère à Vermeer, Magdalena  grandit  en rêvant de navires et d’horizons lointains que le négoce d’un père armateur lui ouvre. Précocement aventureuse, elle aurait pu se lancer dans les affaires maritimes mais la seule traversée à voiles qui lui sera accordée sera celle du mariage. Avec la dignité des femmes élevées dans le sens du devoir, elle fera de la maternité son autre voyage.

Agée de 36 ans, Magdalena se souvient, se révèle tout en lucidité «Ce que nous tentons de bâtir autour de nous ressemble aux digues que les hommes construisent pour empêcher la mer de nous submerger. Ce sont des édifices fragiles dont se jouent les éléments », délivre pudiquement les failles de son existence, ses regrets « Avec le temps, ce sont nos joies d’enfant que nous convoquons dans nos souvenirs, elles nous accompagnent avec une rare fidélité », ses interrogations « Il me  semble nécessaire d’éprouver de véritables sentiments pour celui ou celle dont on va partager l’existence. Au fil des ans, et des tracas de la vie domestique, le risque est grand de les voir s’amincir, puis disparaitre » ou encore les petites et grandes tragédies qui émaillent la vie d’une  femme. Au crépuscule de sa féminité, et plus encore d’une sensualité qui lui est refusée, Magdalena laisse fleurir ses blessures intimes, observe ses enfants avec une attention particulière pour sa fille à la voix d’ange. Mais, une jeune fille peut- elle laisser jaillir son talent  dans une société néerlandaise du 17ème siècle aussi corsetée ? Seuls les maîtres portraitistes surent rendre grâce à cette lumière intérieure féminine qui se résigna au silence.

Avec son premier roman, Gaëlle Josse confie à ses lecteurs un diamant littéraire aussi ciselé que délicat. Tous les mots sont à leur place et le paysage intime de cette héroïne très discrète est teinté d’une luminosité chaude invitant le lecteur à l’empathie. Empathie pour une femme droite et digne au prénom de pécheresse, qui décide de tourner le dos à son idéal alors que son cœur chaloupe encore au rythme des voyages.  Au fil des pages, la plume racée de Gaëlle Josse  nous invite à une partition littéraire d’une rare élégance. Malgré le choix d’une action se déroulant au 17ème siècle, l’auteure s’interroge aussi en filigrane sur  la condition féminine et plus largement sur la place du renoncement dans le destin des femmes. Roman épuré et radieux, « Les heures silencieuses » bruissent d’une musicalité douce-amère, de celle qui fit écrire à Maupassant : « La vie voyez-vous, ce n’est jamais si bon, ni si mauvais qu’on croit ».

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