Etats mixtes sur papier de Florie Adda : un premier roman nécessaire avide d’absolu

Mon avis sur : ETATS MIXTES SUR PAPIER
Premier roman de Florie ADDA

1ère de couverture Etats mixtes sur papier Editions Bleu Pétrole

Editions : Bleu Pétrole
Nombre de pages : 192
Prix de vente : 20€
Date de parution : 2 mai 2012

F. est étudiante en art, aux beaux-arts. Elle erre. A l’extérieur, en elle, à proximité des autres, incapable de rejoindre cette destination imposée appelée vie. Vivre la tue, la dépossède, la mutile et son cri retentit dans une nuit peuplée de corbeaux prêts à déchiqueter une chair qu’elle s’éreinte à scarifier. Son corps est son linceul et la clope sa rédemption. D’hospitalisations catastrophes, en internements souhaités ou imposés, F. tente de se réapproprier l’essence d’être. « Le sens, les sens, l’essence », pour partir loin, au-delà des mots et des images. Elle révèle tout. Les médicaments qui cassent l’envie, ceux qui libèrent l’instinct créateur, l’alcool et les joints partagés en cachette avec ses frères et sœurs d’infortune qui  saignent la même chose qu’elle. Elle raconte la solidarité de l’internement, quand le temps est suspendu au rien et que le vide renvoie en boucle son triste écho. F. dit la parole partagée, celle qui réoriente, consolide, irrite  auprès du Docteur I., « une psy qui fait psy parce qu’elle aime ça ». Docteur I. comme Icare, architecte de l’âme, structurant les dédales d’une jeune pensée en insuffisance du réel. Transfert, colère, stupeur et mutilations, tout y passe quand on veut mourir et voler trop près du soleil. Puis, vient pour F. le temps de l’acceptation, celui de créer son illusion, « les propres frontières de son monde ». Guérison, voie de sublimation. Elle choisit l’écriture, un récit de soi, sur soi, émaillé de dessins. La petite princesse mal-aimée a cueilli sa rose, cette fleur si délicate par laquelle « on voit ce qui est invisible pour les yeux ».

Etats mixtes sur papier est un premier roman entre raison et déraison de vivre, un cri de louve dans un cœur arythmique. Il fallait le culot des Editions Bleu pétrole pour faire entendre ce cri nécessaire. Un cri écouté, respecté par cette jeune maison d’édition qui a calfeutré les mots et dessins de l’auteure non pas derrière des barreaux mais derrière le grammage d’un papier délicat, choisi et imprimé avec savoir-faire. Fourreau délicat pour une  pensée entre deux pôles. Epurée des excès du romantisme, lucide et sauvage, l’écriture de Florie Adda est un voyage mélancolique au pays des merveilles sans merveilles, un uppercut de l’intime. Florie écrit comme elle dessine, avec le cœur, éloignant de sa plume triste et lumineuse toute tentative d’intellectualisation artificielle. Petite sœur d’incompréhension du peintre Jean-Michel Basquiat, elle s’approprie au fil des pages la phrase du célèbre peintre: « je commence une image et je la termine. Je ne pense pas à l’art quand je travaille. J’essaie de penser à la vie ». Longue vie à Florie Adda.

A suivre ce week-end sur laisse parler les filles : mon papier relatif à la soirée de lancement du roman qui s’est déroulée le 4 mai 2012 au Batofar (Paris 13). Une soirée chaleureuse orchestrée par les Editions Bleu Pétrole en partenariat avec l’Envolée bleue.

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