« Numéro 13 au bout de l’impasse » : un spectacle frais, revigorant et sucré qui célèbre le printemps

Thierry DEVAYE est un metteur en scène très talentueux qui s’investit maintenant depuis plusieurs années dans la création de pièces dont il est aussi l’auteur.  Avec « Numéro 13 au bout de l’impasse » il  retrouve la première pièce écrite de sa plume. Une création déjà montée en 2010 et qu’il choisit cette fois-ci de revisiter avec une troupe de 21 comédiens jouant le spectacle en alternance. La bande annonce d’un noir et blanc sobre laissait présager un drame intimiste. Ce qui se donne à voir sur scène n’a cependant rien à voir avec cette mise en bouche minimaliste.

« Numéro 13 au bout de l’impasse » nous dit l’histoire de Charlotte qui un beau jour apprend qu’elle est l’héritière d’un petit immeuble. La jeune fille décide de s’y rendre incognito pour louer une chambre et rencontre les habitants entre rires et larmes de cette cour d’immeuble haute en couleur. En explorant les joies et chagrins de notre quotidien souvent fait de compromissions, « Numéro 13 au bout de l’impasse » cède parfois à la facilité du stéréotype là où l’on attendait un peu plus de nuances. Les personnages de cette cour sont dessinés plus à la craie qu’au fusain et n’évitent pas certains poncifs : la concierge alcoolo criarde au cœur tendre, le jeune malchanceux laissé pour compte, l’actrice ratée et névrosée ou encore le bienveillant confident de cette bande de locataires allumés du bocal. En dépit de ces stéréotypes, on se laisse pourtant embarquer dans cette histoire de gentils voisins qui fait la part belle à une sincérité revigorante. Inévitablement, on s’attache donc à cette troupe très en forme dont le babillage aussi survolté  qu’incessant finit par avoir raison de tout cœur de pierre.

Malgré des faiblesses de rythme au début, les comédiens s’en sortent très bien virevoltant avec aisance d’un bout à l’autre de la scène dans des tenues colorées qui invitent au printemps ; un printemps à la portée de toute main disposée à l’accueillir. On regrettera cependant une surenchère de monologues face public qui pour certains d’entre eux sont trop plaqués et érodent l’émotion. A ce petit jeu-là, certains s’en sortent mieux que d’autres et je tiens à féliciter Monsieur Gentil, Charlotte, Patricia-Pâquerette ainsi que l’inénarrable Madame Julie qui confèrent à leur texte saveur et retenue. Les scènes de groupe sont en revanche très réussies et composent un tableau « Almodovarien » au bord de la crise de nerfs qui fonctionne à merveille. Quant à l’ambiance musicale dosée avec une infinie délicatesse, elle renforce habilement le nœud d’émotion qui se forme dans la gorge du spectateur.

Au final, « Numéro 13 au bout de l’impasse » est un spectacle que vous prendrez plaisir à voir car  à fleur de peau , interprété avec beaucoup de conviction et ce en dépit du goût de friandise trop sucré qu’il laisse en bouche. Pour celles et ceux qui veulent découvrir une autre facette du metteur en scène, je recommande sa seconde création « Nuit d’étoiles à l’Alcazar Palace » dont l’ambiance crépusculaire ravira les spectateurs en quête de plus de complexité.

Informations pratiques :
4 représentations à venir : 11, 12, 13 et 14 juin à 20h45
Auteur : Thierry Devaye
Distribution : Bruno Ackermann, Francisco Arbones, Agnès Aubert, Marianne Beurtheret, Cécile Chauvallon, Sébastien Chenais, Sylvain Cournée, Antoine Descazot, Thierry Devaye, Madior Dialo-Raymond, Isis Garnier, Gaëlle Gicquel, Fabio Grignon, Charlotte Groetz, Mélanie Liron, Catherine Louchet, Muriel Martinez, Nathalie Mengin, Djeff Regottaz, Nicolas Riant, Joanna Rubio
Metteur en scène : Thierry Devaye
Lieu : Théâtre « Le passage vers les étoiles » 17, cité Joly – 75011 Paris

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