Découvrez mon dernier texte : « Les bulles dans la tête » de Julian Mc Guire…

Un texte du mois de juin conçu à l’atelier mot à mot et inspiré d’un fait divers. Si, si….

L’homme aux bulles de savon…

 DES BULLES DANS LA TETE

  Je m’appelle Julian Mc Guire et je suis un beau gosse. Quand la nuit londonienne l’autorise, je dors nu comme un ver et sors vainqueur de mon bras de fer avec les étoiles.

Depuis 6 mois, j’ai arrêté les psychotropes, jetés rageusement dans les toilettes de mon meublé, et je bande à nouveau. Ma libido explose de joie et moi avec. Pour fêter ça, j’ai volé une machine à faire des bulles à un vieil anar et maintenant je bulle tout en slalomant au milieu des voitures. Les conducteurs sont médusés, quant aux conductrices elles n’en ont que pour mon sex appeal. Un soir de loup garou, j’ai rencontré Joan, une blonde godiche doublée d’une suceuse de Chupa Chups fan de Beyonce. J’ai eu instantanément une furieuse envie de l’attraper sans casque à pointe mais bien élevé je l’ai joué à l’ancienne : petit baiser et dégrafage de soutien-gorge. Sans ma camisole chimique mes ailes repoussent et mon membre inférieur fait un boucan infernal contre le bleu de mon jean. Fort de cette sève, j’ai rapidement décidé d’emmener l’ingénue à Hyde Park pour une pause dans les bosquets. J’en ai déniché un tranquille et bien obscur, lui ai sorti ma machine à faire des bulles et les ai enchaînées : des bulles multicolores, espiègles au milieu du vert anglais. Elle me regardait bouche bée avec sa sucette bien calée contre ses incisives et là je l’ai attrapée ; de la main droite j’ai couvert sa bouche sucrée puis de l’autre j’ai saisi mon coupe-chou. Lentement le métal a glissé sur sa joue lisse. Le sang a giclé. Magnifique sang bleu de la poupée qu’on laisse choir tandis que sa gorge ouverte réclame de l’aide. Ma petite affaire terminée, je suis parti l’air de rien en sifflotant, le Daily Sun sous le bras. J’avais oublié ma machine à faire des bulles.

Cool, je suis passé à mon meublé récupérer quelques fringues et j’ai foncé vers la mer. Direction le pays du French kiss. Arrivé à Calais, j’ai pris le car pour Paris et sous l’Arc de triomphe la machine à bulles m’a manqué. Toutes les parisiennes me mâtaient avec une convoitise qui me filait la trique. J’en profitais pour zyeuter leurs talons hauts évoquant des gratte-ciels inhabités ; rêverie prolongée de bas soyeux gaînant des jambes élyséennes. Rêverie abrégée par le trou dans ma Converse et la nécessité de gagner du fric au plus vite. Mon atout : un indéniable talent pour les langues et un diplôme de littérature française bien calé dans ma valise. En un tour de passe-passe, j’ai facilement pu intégrer l’éducation nationale. Ils sont vraiment cons à l’éducation nationale avec une mention spéciale pour la dirlo du Collège Paul Eluard, une vieille peau mal baisée. Habilement, je lui ai fait à l’envers façon Julian Mc Guire tandis qu’elle se trémoussait sur sa chaise en débitant sa science ; la chouette jouissait rien qu’à m’observer. J’ai aimé le collège Eluard, l’odeur de craie, le ciné-club ringard projetant les films de Fassbinder et de Kurosawa à des encéphalogrammes plats. Seules les collégiennes, boutons de rose non éclos en passe de devenir de parfaites petites salopes, m’émoustillaient. En classe, pendant les cours d’anglais j’étais l’idole des jeunes. Cela a commencé à sentir le roussi quand j’ai raconté que j’étais un espion de la couronne britannique, une sorte de James Bond en plus moderne. C’est là que Cécile, une lolita du premier rang, m’a repéré. Elle m’a bouffé des yeux et j’ai vu l’effroi dans ses prunelles, le même que dans celles de Joan, la petite anglaise aux Chupa Chups. Cécile,  jolie Cécile au prénom caressant, a vendu la peau de l’ours avant de l’avoir touchée. Elle m’a dénoncé. Condamné par des yeux d’inquiétude.

 Le matin de l’arrestation, alors que je dissertais sur la théorie du complot, deux types en blouse blanche, deux baraqués à l’air patibulaire sont rentrés dans la salle de classe. Ils m’ont empoigné, retourné sur le bureau et passé une camisole, en tissu cette fois-ci. Tandis qu’une injection de neuroleptiques m’envoyait dans le néant, j’ai croisé une dernière fois le regard de Cécile.

Depuis, j’habite le quartier de haute sécurité d’un hôpital psychiatrique du sud de Londres, j’ai pris du poids et ne bande plus. Mes yeux restent dans le vague des heures entières et les souvenirs me rendent tristes. Seul un souvenir demeure aussi vivace qu’un printemps sur Hyde Park, celui d’une odeur, l’odeur addictive d’une jeune fille dont le j’ai oublié le prénom…

Astrid MANFREDI, le 28/06/2012

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