Mon avis sur « La promesse de l’aube » de Romain Gary : ce que vivre veut dire…

 « La promesse de l’aube » de Romain Gary
Ce que vivre veut dire

Informations pratiques : 
Auteur : Romain Gary
Editions : Gallimard, Collection Folio
Nombre de pages : 391
Prix France : 7,50 euros

1ère de couverture « La promesse de l’aube » collection Folio

Longtemps, j’ai différé la lecture de ce roman tant son titre condensait une Histoire, celle d’une aube que tout homme attend fébrilement. Il suffit parfois d’un signe de la vie pour que le besoin de découverte se ravive.  La promesse de l’aube est la narration d’un ciel, celui cher à Romain Gary dont  la plume flamboyante autant que la destinée hors du commun fascinent et prolongent notre soif d’absolu. Mais n’est-ce pas là la seule vocation du ciel ? S’y égarer à tout jamais.

La promesse de l’aube est celle que fait une mère aussi slave qu’impétueuse à un fils que nulle médiocrité n’asservira. La cigarette  aux lèvres, le regard clairvoyant, la mère avance, drapée dans un amour irrésolu d’une France qu’elle ne cessera ni de louanger, ni de conter. Cette mère au tempérament de feu, ignorant le désenchantement,  éduquera le jeune Romain Gary dans le rêve de sa propre vie. Tu seras un homme mon fils. Un vrai, un bagarreur, un chevalier du ciel, un diplomate. Les femmes t’aimeront mon fils et le parfum d’Anna Karénine hantera tes nuits de neige. Tu seras français mon fils. Un enfant de Mallarmé, d’Hugo, de Bonaparte. Et sur la promenade des anglais, hantée de russes blancs sans le sou, tu tiendras fièrement le bras de ta mère. Nul autre bras ne sait porter un homme.

Face à l’océan qui sait tout et ne dit rien, l’auteur se souvient. L’austère Pologne, les marches forcées sur les routes de l’exil, les honneurs trop rares, la banqueroute et l’écriture devenue nécessaire. Mais aussi, cet Eldorado : la France. L’auteur se souvient.  Les batailles dans un ciel de guerre, la grande celle de l’horreur, où il servit en tant qu’aviateur pour la liberté, celle du Général de Gaulle. Mais la plus grande bataille que tout homme se doit d’engager n’est-elle pas celle du souvenir ? Souvenir d’une femme déterminée, le torse bombé, le visage tourné vers un avenir radieux. Une femme ouvrant ses bras sans les refermer sur un modèle de courage inépuisable. Cette femme. La mère. Celle que l’on pleure au déclin du jour, celle qui nous sustente d’une promesse d’amour impossible à rassasier.

De ce besoin consolation naissent parfois de grands auteurs. Romain Gary, le conteur slave au cœur français, est de ceux-là. L’éclat de ce roman picaresque aussi drôle qu’humaniste ne s’assombrira jamais tant sa promesse est porteuse d’un espoir essentiel. La foi en un monde fait d’hommes et de femmes luttant avec panache et dérision pour écrire dignement le mot Vivre.

 « Voilà. Il va falloir bientôt quitter le rivage où je suis couché depuis si longtemps en écoutant la mer. Il y aura peu de brume, ce soir, sur Big Sur, et il va faire frais…Je vais essayer de demeurer là encore un moment, à écouter, parce que j’ai l’impression que je suis sur le point de comprendre ce que l’océan me dit. Je ferme les yeux, je souris et j’écoute… Les phoques se sont tus, sur les rochers, et je reste là, les yeux fermés, en souriant, et je m’imagine que l’un deux va s’approcher tout doucement de moi et que je vais soudain sentir contre ma joue ou dans le creux de l’épaule un museau affectueux…J’ai vécu »

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