« Racine par la Racine » au Théâtre de l’Essaïon : un spectacle drôle et inventif à fleur de rime

Affiche Racine par la Racine au théâtre de l’Essaïon – Ecrit et mis en scène par Serge Bourhis

Racine par la Racine au Théâtre de l’Essaïon

Niché au creux d’une impasse discrète, le Théâtre de l’Essaïon pourrait sans doute être ce dernier lieu de Comédie où l’on viendrait se réfugier après un cataclysme totalitaire Orwellien. Il évoque une survivance, celle d’un théâtre intelligent fait de mélancoliques tréteaux et de l’amour du jeu. Il n’est donc pas étonnant que le spectacle Racine par la Racine, écrit et mis scène par Serge Bourhis, soit reprogrammé – pour sa troisième saison – dans ce lieu d’une poésie entrée en résistance. Passionné de l’inénarrable maître de la tragédie, Serge Bourhis dépoussière le Racine de nos années lycée, celui dont les vers hantés de noirceur et de blessures venaient mourir sur les lèvres d’un professeur de français pas toujours convaincant. Vêtue de toges, le port de tête altier, le regard tantôt amusé, tantôt ému, la troupe composée de quatre comédiens s’amuse de ce savoureux pastiche et démystifie avec élégance et une joyeuse ironie onze tragédies Raciniennes sacralisées par l’exception culturelle française.

Pas de blasphèmes cependant, Serge Bourhis a le sens du dosage et émaille son spectacle de moments d’émotion et l’on redécouvre avec plaisir les monologues d’Andromaque ou de Phèdre, respectés au souffle prêt par  deux comédiennes inspirées. Les deux comédiens ne sont pas en reste et apportent une  énergie vibrante à ce spectacle plein d’esprit bousculant  la perruque trop poudrée et l’austère hémistiche.

Alors, sans hésiter, rejoignez la vivifiante troupe des Alexandrins Anonymes, vous en sortirez ivres de jubilation, le sourire aux lèvres, en vous maudissant d’avoir si souvent « bayé aux corneilles » sur cette sublime réplique de la grande Phèdre en personne « Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! – Quelle importune main, en formant tous ces nœuds, – A pris soin sur mon front d’assembler mes cheveux ? – Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire. »

Un théâtre populaire de qualité attentif aux sourires et à l’émotion à fleur de rime du spectateur.

Astrid MANFREDI, le 30/09/2012

Informations pratiques :
Lieu : théâtre de l’Essaïon
Adresse : 6, rue Pierre du Lard 75004 Paris (métros Rambuteau ou Hôtel de Ville)
Dates représentation : les jeudis, vendredis et samedis à 20h du 6 septembre 2012 au 12 janvier 2013

Publicités