Mon dernier texte : « La nuit leur appartient », avec des points de suspension…

LA NUIT LEUR APPARTIENT

Il fait chaud. Elle avance, offerte et nue. Nue de l’intérieur. De la vie, des regards désapprobateurs, elle sait la part d’ombre. Elle avance, fille à la lippe outrancière, aux seins magnifiés par le désir de l’autre. L’autre, l’homme glacé au scalpel, bien au chaud dans sa chambre avec vue. Sur la piste de danse, un tube pas encore démodé envoie un son obscène. Elle suit le rythme. Quelques mecs bien affûtés guettent le moment où sa volonté cédera. Ses cheveux blonds, bouclés pour l’occasion, se ruent vers des avant-bras épilés, des bouches stériles.  La vie ne lui a pas fait de cadeaux alors elle s’est offert le sien. Un visage refait, sans drames, ni espoirs. Démesurées, ses lèvres se tendent. Saillantes, ses pommettes évoquent une poupée russe mal emboîtée. Que du toc, pour que le temps s’effiloche et vienne s’écraser façon montre molle contre les santiags de son voisin de dance-floor. La main osseuse du voisin s’acharne sur son sein, le gauche, émoustillée  par cette rigidité de film X. Fétide de cigarettes de contrebande l’haleine du voisin s’infiltre sans prévenir dans son rêve bleu. Elle danse, loin de son appartement, de ses quelques meubles achetés au hasard d’une apnée de lucidité. Entre deux gins tonics bien tassés, elle laisse la vie payer l’addition. Elle danse. Contre tous et seule au monde.

Un  autre type, baraqué celui-là, tee-shirt  seconde  peau et sourire « ce soir je me baise une vielle » vient l’aborder. Elle tourne autour de lui. Elle fait mouche. Bouche à bouche, la tumeur rose poudrée de ses lèvres s’écrase contre une barbe de trois jours. Son corps fatigué de combats n’attend rien d’autre que la pulsation du Bit. Ils sont tous là, au rendez-vous de la proie facile et du plaisir kleenex. Elle le fera surement. Elle cède toujours. Le ridicule ne l’aborde plus préférant glisser sur sa peau. Ses cuisses ultra-lisses attendent l’offrande, la dernière, pour la route.

 Il est tard, personne n’est venu lui souhaiter bonne nuit. Sur la piste déserte, la voix d’une diva fatiguée entame un ultime tour de chant. Elle fredonne faux, un voyage qui n’existe pas.  Le type maigre aux santiags a tenu le coup ; il veille, tapi dans la pénombre, son visage à peine éclairé par le bleu glacé du stroboscope. Cette nuit, il ne rentrera pas seul. Elle est là, offerte, plus blonde et  vanillée que jamais, cheveux en extension, lèvres qui font la manche. La nuit leur appartient…

Libre à vous de continuer l’histoire…

Astrid MANFREDI, le 03/10/2012

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