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« Petite table, sois mise ! » un court récit libertin de Anne Serre pour festoyer en famille…

1ère de couverture « Petite table, sois mise ! » Anne Serre – Editions Verdier
« Petite table, sois mise ! » un court récit libertin de Anne serre  pour festoyer en famille

Anne SERRE,  fumeuse au chignon mal fichu, un minois vaguement triste, des yeux clairs où se lisent des mots à venir. Dans sa récente interview au quotidien Libération l’auteure prétend ne se consacrer qu’à la littérature. Un vœu pieu. Avec ce court récit  publié aux Editions Verdier « Petite table, sois mise !»,  pressenti pour le Prix de Flore, Anne SERRE se transforme en Pythie irrévérencieuse et tisse autour de l’inceste un fil d’Ariane déconcertant. Enfermez vos tabous et votre Christine Angot révoltée à double tour car décomplexé par l’auteure l’inceste devient ici un festin Fellinien où les corps exultent dans la bonne humeur. Façon vestale du froid,  la mère vit nue et offre son corps généreux à toute sa progéniture sans que sourcille le pater familias participant la fleur au fusil à ce vaste lupanar consanguin. La table du dimanche ne foisonne pas de mets mais devient le lieu de sacrifice orgasmique de la mère toute dévolue aux voluptés de sa toison humide. Peu perturbées, les filles de la famille, dont la narratrice, assistent émoustillées à cette orgie où le mal n’a pas sa place.  Au pays d’Alice sans merveilles l’accouplement en famille se transforme en un acte libérateur et nécessaire que nulle assistance sociale ne doit entraver.

Toutefois, les saisons du plaisir ne sont pas éternelles et il faut bien s’affranchir d’un Œdipe devenu étouffant. C’est donc forte de ses quinze printemps que la narratrice, sorte de Peer Gynt aussi déflorée qu’innocente, part en quête de son indéfinissable identité sur les vastes chemins du monde. Mais peut-on encore offrir une place aux vastes chemins du monde quand ceux dévolus à l’enfance furent ainsi dévoyés ? Reste un corps initié au plaisir et un « pauvre cœur brisé » en devenir…

Avec ce court récit, sorte de fable à la thématique plus qu’inconvenante, Anne Serre réussit l’impensable. Rendre avenant et oserai-je dire émoustillant le tabou de l’inceste dont certaines se servent pour faire pleurer des rivières. Sans surenchère, s’aidant d’un vocabulaire minutieux et raffiné, l’auteure va titiller la part d’ombre du lecteur et transcende avec ce court brûlot néo mythologique les joies du sexe en famille.  Asséchée de tout misérabilisme, la  plume élégante et drôle d’Anne Serre prend le large vers d’autres contrées littéraires, celles où toutes les audaces sont permises tant qu’est respectée la littérature. D’une famille incestueuse ou lambda, l’apprentissage de soi demeure cette odyssée interminable qu’une vie entière ne suffit pas à entrevoir. Alors, sans hésitations, mettez de côté votre bienséance et laissez votre mauvaise fée vous jeter un sort. Ne rougissez pas, ou bien si pour le plaisir. En ces temps, où le mot résilience est devenu le terme absolu de la probité intellectuelle, il est sain qu’une auteure aussi talentueuse se joue de la pensée unique.

Astrid MANFREDI, le 12/11/2012

Informations pratiques : 
Titre : Petite table, sois mise !
Auteure : Anne Serre
Editeur : Editions Verdier
Nombre de pages : 59
Prix France : 6,80 euros

8 comments on “« Petite table, sois mise ! » un court récit libertin de Anne Serre pour festoyer en famille…

  1. taillandier

    Salut Astrid,je pense que Frede a raison ,écrire une chronique sur « l’inceste en famille » et réussir à éveiller l’attention,l’envie c’est digne d’une fine plume…
    Viendrais t’en parler d’ici quelques jours.
    Espere que tu es en forme et tes aventures sont douces…
    Si tu peux me donner ton mail c’est easy car ainsi nous pourrons reprendre nos conversations virtuelles,pensées

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  2. Steppy

    Oups ! un p’tit problème technique. Désolé pour le doublon…

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  3. STEPPY

    Dans la même lignée des sujets glauques et nauséabonds, tu devrais t’amuser à chroniquer Snuff, le roman de Chuck Palahniuk aux éd. Sonatine. Je suis en train de le lire et j’avoue que je ne tire pas un grand intérêt à cette lecture qui m’apparaît plus comme un « documentaire » sur un tournage porno, genre gang bang et non comme un « roman à suspense » comme on peut le lire sur la quatrième de couverture qui est trompeuse. De plus, la traduction de l’américain par Claro n’est pas excellente. Je ne lirai pas Anne Serre ni Christine Angot. Seule, ta chronique me suffit. Belle semaine sous le pâle soleil d’hiver. Kisses.

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  4. ça ne m’étonnes pas de Verdier, un éditeur qui sait prendre des risques et toi aussi car écrire une chronique sur « l’inceste en famille » n’est pas chose facile, merci pour ton commentaire Astrid.

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  5. ça doit être vraiment trop bizarre …

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