« Les chérubins électriques » de Guillaume Serp : chacun son héroïne …

« Les Chérubins électriques » de Guillaume Serp chez l’Editeur Singulier 

« Mais tu n’as besoin de rien. Tu as déjà tout », je lui dis. Rip me regarde. « Non j’ai pas tout. »
« Quoi ? » « Non. J’ai pas tout. » Après un silence, je lui demande « Et merde, Rip, qu’est-ce que t’as pas ? » « J’ai pas quelque chose à perdre » Extrait « Moins que zéro » de Bret Easton Ellis

1ère de couverture "Les chérubins électriques" de Guillaume Serp chez l'Editeur Singulier

1ère de couverture « Les chérubins électriques » de Guillaume Serp chez l’Editeur Singulier

C’est à l’inventif Editeur Singulier que l’on doit la réédition de ce petit livre jaune narrant les loopings dépressifs de Guillaume Serp, de son vrai nom Guillaume Israël, chanteur des Modern Guy, romancier et icone d’une génération qui glissa dangereusement sur la poudreuse.
Pas grand-chose sous le soleil du rock and roll dans cette aventure classieuse et désaccordée qui gratouille une bonne vieille mélancolie sur la Stratocaster de ses aînés. Touchant, Rimbaldien, Philippe alias Phoebus, alias Rodney, le narrateur de cette odyssée neigeuse trimbale son blues sur les trottoirs d’une Paname pas encore tout à fait prête pour sa révolution punk. Défoncé quasiment en permanence à tout ce qui traîne de comestible ou d’injectable, il dérape dans ses mocassins et côtoie une petite faune aussi inspirée que bien nippée aux pseudos de robots et de Call Girls exotiques.

Intello, bibliophile, cinéphile, rien ne manque à son pedigree et pourtant le jeune homme ne sait pas quoi faire de sa peau et nous convie dans le labyrinthe de son exil où le cocasse côtoie l’éternelle rêverie adolescente. Comparée sur la 4ème de couverture à celle de Bret Easton, sa dérive  – bien que fort poétique – devient répétitive à la longue tant elle se plait à faire des saltos sur elle-même et l’on est ma foi bien loin du noble vide de Monsieur Ellis dont la cicatrice demeure plus nette, plus ciselée, et qui n’a pas besoin de tant de rimes pour nous faire toucher le fond de la piscine. Le désespoir n’en est que plus grand.

Cependant, ne boudons pas notre plaisir et l’on suit avec un voyeurisme nostalgique les déambulations de ce Philippe qui s’épanche sur la fin d’un monde sans pour autant aspirer à le changer. Doué d’une plume sérieusement accro à la métaphore, Guillaume Serp nous livre avec un certain brio un désenchantement « de looser qui n’a rien perdu puisqu’il n’y a plus rien à gagner ». Quoi qu’on en dise les addictions en tous genres demeurent un matériau littéraire qui fait son petit effet à condition qu’elles soient bien dosées. Chacun son héroïne …

Dans la même veine, je recommande « Un jeune homme chic » de  Alain Pacadis. La plume y est plus mordante et racée.

Astrid Manfredi, le 24/02/2014

Informations pratiques :
Titre : les chérubins électriques
Auteur : Guillaume Serp
Editeur : l’Editeur Singulier
Nombre de pages : 224
Prix France : 16,50 euros

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