« Après l’orage » de Selva Almada : demande à la poussière …

« Après l’orage » de Selva Almada aux Editions Métailié 

Selva Almada sera présente au Salon du Livre qui cette année met à l’honneur l’Argentine

« Mais quand on a Dieu dans son cœur, on se rend compte que la vie, ça vaut bien une lutte pour elle, nuit et jour. J’parle pas du Dieu dont on vous parle dans les églises, je parle du Dieu qu’on a dans le corps. » Erskine Caldwell « Le petit arpent du bon dieu »

1ère de couverture "Après l'orage" de Selva Almada aux Editions Métailié

1ère de couverture « Après l’orage » de Selva Almada aux Editions Métailié

Au commencement, il y a l’Argentine, le nord de l’Argentine. C’est hostile, désolé et la canicule est aux manettes. Ennui, pas grand monde à l’horizon, simplement quelques prédicateurs de passage pour convertir des pèlerins trop hébétés pour dire non. Il y a une voiture qui tombe en panne. A l’intérieur une adolescente et son père, le pasteur. Dans le coffre des bibles. Il fait chaud pour prier. Comme une déflagration du ciel arrive le sauvetage et le prophète sera El Gringo Brauer, le grand esprit de cette histoire dont la moindre lampée de bière est agrémentée d’une bonté ignorée de ceux qui prêchent dans le désert. Ils sont 4 au nord de nulle part :  El Gringo Brauer le garagiste et son protégé sauvé des eaux Tapioca, le pasteur et sa fille. Ca transpire, çà s’épie, ça attend la Providence. Les arbres sont rares et les carcasses de bagnoles évoquent un monde sorti des clous.

Qui sont-ils ces pauvres pêcheurs sans fritures dans leurs filets ? Le Pasteur oublie la bête en lui et récite son Pater Noster, sa fille s’enivre de musique interdite en espérant des retrouvailles avec une mère larguée sur la route. Tapioca aussi a perdu une mère, partie sur une autre route, celle de la dèche. En gage elle l’a laissé à El Gringo Brauer, le solitaire qui fut beau et a choisi d’être sage. Sa rédemption la nature, l’orientation des nuages et les herbes folles.

Entre ces quatre là, un duel au soleil avec le bon dieu pour témoin …

Voilà un roman qui n’a rien d’un état d’âme de précieuse ridicule. Selva Almada aime la terre, les hommes qui rudoient la poussière et l’infiniment grand. Sur les traces de Erskine Caldwell, elle nous confronte à la lutte ancestrale entre les forces du bien et du mal. Aucune certitude dans sa prose, simplement des êtres soumis à l’inéluctable. Ils sont beaux ses anti-héros comme au cinéma, leurs chaussures sont mal cirées et l’accent est râpeux. Sobre et minimaliste son écriture ne fait pas dans la thérapie comportementale. Simplement des personnages posés là sur une terre de feu, aimant et divaguant.

A l’Est d’Eden, arrivera l’orage et les hommes se rouleront dans sa boue. Les uns partent, les autres restent. C’est la vie. Selva Almada a trempé sa plume dans la justesse de la vie offrant au lecteur ce moment intemporel où l’écriture et les mots n’ont plus vraiment d’importance. Seule subsiste la sensation de faire corps avec des hommes et des femmes qui cherchent encore un peu d’or.

Astrid Manfredi, le 13/03/2014

Informations pratiques :
Titre : Après l’orage
Auteure : Selva Almada
Editeur : Métailié
Nombre de pages : 134
Prix France : 16 euros
Traduction : Laura Alcoba

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