« Tirage au clair » de Henry Parland : ou l’art de saisir le vent

« Tirage au clair » de Henry Parland aux Editions Cambourakis 

« C’est souvent plus difficile de renoncer à ce qui blesse qu’à ce qui rend heureux » Francis Scott Fitzgerald

1ère de couverture "Tirage au clair" de Henry Parland chez Cambourakis

1ère de couverture « Tirage au clair » de Henry Parland chez Cambourakis

Foudroyé par une maladie infectieuse à l’âge de tous les possibles, Henry Parland le finlandais a laissé en souvenir de sa fugace présence sur terre une promesse : celle d’un écrivain. Car, c’est bien la sensation qui affleure à la découverte de son seul et unique texte « Tirage au clair », celle de faire la connaissance d’un auteur maîtrisant l’art exigeant d’écrire sur et entre les lignes tout en arrosant d’alcool fort ses amours contrariées.

« Tirage au clair » est le roman d’un dandy sous influence Proustienne, un dandy pâle et fauché, bibliophile fardé d’ennui qui dans sa chambre noire fait revivre le temps d’une alchimie photographique la femme qu’il crut aimer ou aima sans en prendre la mesure.

Nous sommes à Helsinki au début d’un siècle où bohème et vagabondage étaient encore possibles et le narrateur ne se prive pas de cette errance aussi myope qu’extralucide. Vaguement banquier, Henry vit modestement, s’endette plus qu’il ne s’enrichit et rencontre Amy, une blonde créature à la beauté changeante et orageuse. En entomologiste de la relation amoureuse, il la suit à la trace tout en l’évitant. C’est sans se connaitre vraiment, sans lire le même journal, qu’ils sillonnent désœuvrés la nuit finlandaise et ses lieux interlopes.

Serrés l’un contre l’autre, ils ébauchent la valse macabre des amants désunis, se dévisagent et s’envisagent, émaillent de mots décousus leur incapacité à s’aimer comme pris de la fièvre incurable des mélancoliques. Face à la mer, ils confient leurs déboires et illusions et tandis que la jeune femme pleure sur son épaule, Henry s’interroge sur cet épanchement féminin dont il ne saisit pas la tragique photogénie. Pris aux pièges dans leurs postures respectives, ces deux élégants ondulent dans un chassé-croisé ponctué d’insomnies. Il faudra le décès d’Amy pour que le jeune homme fasse apparaître à nouveau le temps d’un tirage au clair cette silhouette mondaine et gracile qu’il chérit en secret tout en la gardant à distance de la cristallisation du cœur …

Fitzgerald nordique, épris d’envolées poétiques s’ouvrant sur la mer Baltique, Henry Parland est un jeune homme chic, un vrai. Sa plume tendre et douloureuse s’empare de l’artifice littéraire avec une modernité déconcertante. Oscillant entre le rêve et l’impossibilité du réel, il nous livre un véritable trésor des intermittences de l’âme, celles d’un feu follet romantique dont l’ivresse sera la planche de salut tant affronter le monde renvoie à l’inévitable tristesse de ceux qui cherchent sans trouver. Héroïquement Dandy, Henry Parland confie avec ce récit son étoile filante posthume. Une étoile dont les particules lumineuses éclaireront vos blanches nuits de lecture.

Décédé en 1930 à l’âge de 22 ans des suites de la Scarlatine, il a laissé en testament des nouvelles et des poèmes inachevés qui sont autant de chuchotements doux amers d’un talent qui ne put devenir.

Photo de l'auteur

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Astrid Manfredi, le 23/03/2014

Informations pratiques :
Titre : Tirage au clair
Auteur : Henry Parland
Editeur : Cambourakis
Nombre de pages : 172
Prix France : 10 euros

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