« Filles impertinentes » de Doris Lessing : l’émancipation d’une conscience …

« Filles impertinentes » de Doris Lessing aux Editions Flammarion

1ère de couverture "Filles impertinentes" de Doris Lessing aux éditions Flammarion

1ère de couverture « Filles impertinentes » de Doris Lessing aux éditions Flammarion


Doris Lessing
est une romancière solide, une solidité que l’on retrouve dans l’architecture de son visage qu’éclairent deux prunelles d’une mélancolie attentive. Nobélisée en 2007, cette grande dame des mots traversa un siècle de littérature la tête haute en gardant le cap d’une dignité sans affectation. Aussi, l’impertinence dont il est question dans ce court récit autobiographique est en quelque sorte le fil d’Ariane qu’elle déploya durant toute une vie dédiée à l’écriture et à une lutte pour un féminisme d’avant-garde.
Née en Perse en 1919 sur un malentendu, celle qui ne fut pas le garçon espéré et dont le prénom fut choisi par le médecin face à une mère restée muette de déception, n’eut d’autre solution pour s’affirmer que d’emprunter les chemins de la hardiesse. Une hardiesse dont l’origine prend sa source dans une histoire familiale tragique.

Au commencement il y a le couple dissonant que forment ses parents. Un couple porté par une mère au tempérament britannique où frivolité, rigorisme et sens du devoir cohabitent dans le chaos. Aux côtés de la mère, un père introverti et contemplatif amputé d’une jambe suite à la grande guerre et peu enclin à accepter le climat compassé de l’Angleterre. Expatrié en Iran, le couple côtoie un temps des milles et une nuits en harmonie avec les aspirations maternelles. Une lune de miel de courte durée car très vite le duo désaccordé se retrouve en Rhodésie avec Doris et son frère cadet pour se lancer dans la culture de la terre. Le début d’une longue descente aux enfers ponctuée par les crises de neurasthénie d’une mère méprisant la brousse et ceux qui l’habitent. Une amertume dont Doris payera le prix et ses courses échevelées et poétiques dans le Veld prendront fin pour laisser place à la rigueur d’un pensionnat de jeune fille. Le germe du conflit entre la mère et la fille s’enracine, l’une martelant son désir de bienséance, tandis que Doris l’effrontée s’évade un peu plus à chaque confrontation pour revendiquer son indépendance. Entre ces deux femmes l’impossibilité d’une île tandis que démissionnent les hommes de la famille, mélancoliques marionnettes dont les fils de la volonté se sont brisés …

Oui, Doris Lessing a bien fait de sonder le pouvoir salvateur de l’émancipation, de celle qui vous caresse la voûte plantaire de ses herbes folles. Le regard qu’elle porte sur sa mère n’est pas empreint du pardon attendu mais d’une limpidité touchante où affleure une forme de compréhension qui se clôt sur le crépuscule sans rédemption du désamour. De ce désamour est née une œuvre polymorphe forte de nombreux romans, une voix humaniste qui combattit le racisme et les idées reçues. Chasseuse de mots au cœur noir, ainsi vécut Doris Lessing. Entre ses lignes d’un lyrisme sobre se distinguent cette géographie singulière des émotions à fleur de peau mais aussi un peu de cette rectitude britannique qu’elle doit à cette mère qui mourut seule sans que personne n’ait plus besoin d’elle.

A toutes les filles qui choisissent la voix de l’impertinence …

Astrid Manfredi, le 19 juin 2014

Informations pratiques :
Titre : Filles impertinentes
Auteur : Doris Lessing
Editeur : Flammarion collection littérature étrangère
Prix France : 14 euros
Nombre de pages : 144

Photo de l'auteure

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