« Mes inconnues » de Alain Defossé : une robe de bal comme un oubli …

« Mes inconnues » Solange, Denise, Mado de Alain Defossé aux Editions Phébus domaine français

1ère de couverture "Mes inconnues" de Alain Defossé aux Editions Phébus

1ère de couverture « Mes inconnues » de Alain Defossé aux Editions Phébus

Décidément cet été est placé sous le signe des  lectures passionnantes. Il y a les périodes de vaches maigres faites de livres qui tombent des mains et les périodes d’opulence, quand la littérature se fait récompense. « Mes inconnues » s’inscrivent dans cette opulence. La raison en est à la fois simple et complexe, ce récit est beau. Beau par ce qu’il dévoile des femmes,  ces silhouettes fatales, fragiles ou éthérées cristallisant le souvenir comme le chemin de la fiction à venir.

Déambulation dans le jardin mental d’un auteur, « Mes inconnues » livrent la genèse d’un imaginaire qui trouve « sa voix » en s’immisçant dans une ronde féminine qui est aussi celle de sa propre histoire familiale.

Au commencement il y eut Solange, une connaissance de la mère, gitane rouge à la cuisse légère. C’est l’après-guerre, le lieu de la convoitise sera la province avec ses dancings de fin du monde, ses souliers vernis, ses robes empesées et ses vendeuses avides de mambos électriques. Solange, l’amie qui n’en est pas une, prendra la fuite. Sauvage comme une diablesse, ses longs cheveux noirs narguant la vie d’épicier.

Au centre de la ronde se tient Denise, la grand-tante, singulière femme-enfant au regard fiévreux et aux lèvres juives. Denise fragile comme de silex cultivant son herbier de fleurs éphémères et dont la maladie kidnappera le corps de verre. Demeure l’image d’une fillette qui ne put devenir une femme. Assurément une femme autre.

Pour clore cette boucle, le narrateur-meneur de mots  fait apparaître Mado, l’énigmatique peintre et galeriste au prénom de fille de joie. Amie de pensionnat de la grand-mère, Mado-Madeleine sera aussi celle qui dépucelle l’imaginaire, celle par qui le scandale d’écrire arrive. Au plus près de Mado, une autre femme, une romancière rare et belle de sa disgrâce qui scanda sa rage de vivre pour mieux s’emparer de cette beauté que la nature lui refusa : Violette Leduc.

Ainsi s’achève la ronde des inconnues …

Avec ce récit singulier et bouleversant s’attachant aux grands archétypes féminins qui l’aidèrent à prendre plume, Alain Defossé déploie avec une sensibilité d’une rare sincérité l’étendue d’une maîtrise stylistique tour à tour précise et évanescente. Une habileté tout en contrastes qu’il met ici au service des femmes, ces femmes dont la présence discrète ou indiscrète sustente sa fantasmagorie.

Framboise d’été à la fragrance du temps qui passe, « Mes inconnues » bruissent du satin des robes de bal et du claquement des talons hauts sur les pavés d’une rue infiniment vaste : celle de l’écriture.

Délectable.

Astrid Manfredi, le 21 juillet

Informations pratiques :
Auteur : Alain Defossé
Titre : Mes inconnues
Editeur : Phébus domaine français
Nombre de pages : 155
Prix France : 11,15 euros

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