« Fannie et Freddie » de Marcus Malte : le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ?

« Fannie et Freddie » de Marcus Malte aux Editions Zulma

1ère de couverture "Fannie et Freddie" de Marcus Malte aux Editions Zulma

1ère de couverture « Fannie et Freddie » de Marcus Malte aux Editions Zulma


« L’
écume rouge / La mer use / Et l’enfant n’est pas celui qu’on attendait / Aucun souvenir n’est parfait / Plus tard on convient que nos îles /  N’ont jamais existé  » Marcus Malte

Visage triangulaire de chat écorché, silhouette rock où s’attarde encore l’adolescence, Marcus Malte a épousé le noir et lui a juré fidélité. Une bague au doigt qu’il confirme dans son nouvel opus à paraître le 2 octobre aux Editions Zulma. « Fannie et Freddie » un titre façon Songwriter pour honorer une Middle class qui a bien besoin de soutien littéraire face à cette crise de la finance qui a tout orchestré pour la faire disparaître.

Fannie est infirmière, elle a un œil de verre et de beaux seins. Elle se tient droite, on l’appelle Minerve comme la déesse de la fureur guerrière. Mais son Olympe a du plomb dans l’aile et la rage au cœur. Alors, la route de Fanny croise celle de Freddie qui travaille dans la haute finance et accumule stock-options et conquêtes. C’est un homme de son temps assis sur la faillite des sans-grades, un homme qui entretient de très bonnes relations avec l’extérieur. L’intérieur ça fait longtemps qu’il a fait une croix dessus et qu’il ne rougit plus de l’infamie des montages financiers qui ont flanqué sur le trottoir les rêves de propriété de la classe moyenne. Aussi, quand Fannie rencontre Freddie, ce n’est une pas une Love Story au rimmel qui dégouline qui s’offre à lire mais la tragédie de l’Amérique d’en bas et celle d’une Europe d’encore plus bas. Une histoire de représailles comme seuls les très bons romanciers savent en écrire.

Après cette charbonneuse Novella, Marcus Malte embraye en douceur la quatrième et nous offre en bonus un second texte « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas ». Vous l’aurez compris, ici aussi, il est question de sacrifiés, mais pas que. On y lit également un flic qui marche tête baissée sur une plage et se souvient d’un mort : son meilleur ami. C’était le temps de l’adolescence et des quatre cent coups, il y en eut un de trop …

Virtuose du récit qu’il ponctue d’écorchures d’une poésie de velours, Marcus Malte fait du roman noir un grand genre littéraire qui se lit bien au-delà des quais de gare. L’air de rien, tout en modestie et en discrétion, il pose les griffes de la nuit sur un jour mensonger. Ni jérémiades, ni prétextes fallacieux mais des hommes : des hommes malades d’eux-mêmes et du cynisme du monde. Roman en noir et rouge, Fannie et Freddie donne une furieuse envie de battre le pavé et de remettre Jérôme Kerviel sous les verrous.

Un jour prochain un grand prix littéraire sera décerné à Marcus Malte. Il ne le sait pas encore. Et c’est ça qui est bien…

Astrid MANFREDI le 25/09/2014

Informations pratiques :
Titre : Fannie et Freddie
Auteur : Marcus Malte
Editeur : Zulma
Nombre de pages : 158
Prix France : 15,50 euros

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