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Mes recommandations lecture de janvier 2016

 

Livres janvier 2016

Pour changer un peu le format de la chronique qui résume l’histoire et tente de convaincre le lecteur de lire ou non un livre, j’ai décidé d’élargir mon champ d’action littéraire en proposant une liste de lectures mensuelle associée de quelques commentaires à ne pas prendre bien sûr au pied de la lettre. Le rapport à la lecture demeurant un rapport intime en relation avec les émotions pour certaines les plus archaïques.

Par ailleurs, en tant que primo-romancière et ayant bien conscience de la difficulté du geste d’écrire, je félicite toutes celles et ceux qui ont le courage de prendre la plume, même si l’aboutissement final ne me paraît pas enchanteur. L’écriture répondant  à un besoin viscéral, il y a fort à parier que le moins bon roman d’aujourd’hui pourrait devenir l’excellent de demain. Alors à toutes et à tous merci et venons en à cette déclinaison littéraire par ordre de séduction.

 

DIVINEMENT INDISPENSABLES  

  • « Les Braises » de Sandor Marai aux Editions Albin Michel
    Découvert au hasard d’une flânerie chez un bouquiniste, ce roman a tout pour se glisser dans la grande lignée des classiques. Ancré dans la tradition du grand roman psychologique Austro-Hongrois buissonnant du côté de chez Stefan Zweig, ce livre qui évoque la tragédie d’une amitié entre deux hommes est surtout un grand texte sur la difficulté du pardon quand aux côtés de  l’amitié s’invitent les raisons du coeur dévastant insidieusement ce lien imaginé immuable. Questionnement sur les dualités de l’âme humaine et sur le ressassement auprès duquel elle s’étiole, « Les Braises » attisent nos émotions les plus contradictoires et l’on ressort déstabilisé de ce voyage désenchanté auprès de ces deux hommes dont les retrouvailles furent impossibles. Porté par une langue soutenue et des circonvolutions psychanalytiques aussi accessibles que passionnantes, ce roman a fait de Sandor Marai une figure majeure des lettres Hongroises.
    Note : 5/5
  • « Pas dans le cul aujourd’hui » de Jana Cerna aux Editions La Contre-Allée
    En dépit d’un titre un peu racoleur extrait d’un poème écrit par l’auteure, cette lettre d’amour fiévreuse que Jana Cerna adresse au philosophe Egon Bondy est à mettre entre toutes les mains. Tourbillon de chair et d’analyses sur l’emportement passionnel et sa dimension inéluctable, cette courte déclaration fait un bien fou tant elle lâche sans retenue et avec une paillardise salutaire les instincts qui nous gouvernent. Et c’est complètement sonné que l’on sort de cette lecture où le corps aimant et désirant dicte les mots. Des mots affranchis des tabous bourgeois ou intellectuels, qui nous invitent à une odyssée du sexe émaillée de poésie et de philosophie. Un petit chef d’oeuvre qui fait monter la température.
    Note : 5/5MES COUPS DE COEUR
  • « Ainsi mentent les hommes » de Kresmann Taylor aux Editions Autrement
    Légitiment adoubé par lecteurs et journalistes pour son court texte « Inconnu à cette adresse » Kresmann Taylor adepte de la forme épurée démontre à nouveau avec ce recueil de nouvelles toute l’étendue de son savoir écrire et sa maîtrise pour dire en peu de mots ce qui fait de nous, sans même que nous le désirions vraiment, des machines à broyer les rêves et les destinées. S’attachant à décrire dans ce recueil l’univers de l’adolescence et de l’enfance, ces âges de tous les possibles où l’on se confronte aussi aux propres limites éducatives des adultes, Kresmann Taylor bouleverse par la finesse et l’exactitude de ses mots ainsi que par la justesse de ses ressentis. Et l’on fait corps auprès de ces adolescents, qui comme vertus consolatrices trouvent  la nature et ses frémissements pour cautériser les bassesses infligées par ceux qui n’enseignent rien d’autre que le désamour. Un moment d’émotion littéraire aussi rare qu’édifiant
    Note : 4/5
  • « L’état du monde selon Sisco »  de Pascal Louvrier aux Editions Allary 
    Ce roman, qui s’inscrit dans la rentrée littéraire de janvier, confirme le talent narratif de Pascal Louvrier qui se défait avec ce texte de sa peau de « Ghostwriter » pour entrer dans son propre univers littéraire. Un univers désenchanté, où le whisky se boit coûteux mais en excès, où les passions s’étiolent, où le monde peu à peu se délite pour laisser place au grand vide d’être soi. Et c’est bien ce qui arrive à son héros, Sisco, architecte médiatisé en charge de bâtir l’opéra de Venise. Un édifice qui deviendra son propre tombeau émotionnel. Un tombeau de verre dont la transparence lui fera prendre conscience de la vacuité de sa propre existence. Lui qui désirait par dessus tout être un artiste se retrouve en proie à la mélancolie de la célébrité et à l’accablement qu’elle suscite. Roman sur l’impossibilité de la quête esthétique dans une société marchande, « L’état du monde selon Sisco » est le Te Deum d’un homme, sa Mort à Venise. Une réussite de cette rentrée littéraire portée par une langue aussi délicate que pudique.
    Note : 4/5

    BIEN, MAIS …
  • « L’ombre de nos nuits » de Gaëlle Josse aux Editions Noir sur Blanc
    Gaëlle Josse est une auteure qui m’enchante et je me délecte de sa plume qui empreinte de pudeur effleure ses personnages et s’attelle à les dénuder sans jamais les dénaturer. Un art de la délicatesse auquel peu d’auteurs accèdent. Avec ce nouveau roman s’inscrivant lui aussi dans la rentrée littéraire, Gaëlle Josse récidive dans cet art mais n’y parvient cependant pas totalement. Partant d’un tableau de Georges de la Tour « San Sebastien soigné par Irène » peint en 1637 par le maître du clair-obscur Gaëlle Josse revient sur la genèse de cette toile et parvient à nous restituer une époque autant que les affres de la création. A cette quête picturale, elle entremêle celle de l’amour et fait un bond dans le temps en évoquant la douloureuse histoire d’amour d’une femme qui face à ce tableau exposé dans une galerie va revivre les instants les plus douloureux de sa passion à l’issue malheureuse. Si l’auteure parvient à nous convaincre sur toute la partie ayant trait à la réalisation de ce tableau, je suis restée à côté de la seconde oeuvre d’art, à savoir l’histoire d’amour, dont j’aurais aimé qu’elle soit moins convenue, moins nimbée de passivité ou d’une lucidité un peu trop Christique, pour davantage en extraire chair et résistance. L’ensemble du texte est cependant de grande qualité et la plume de Gaëlle Josse s’avère toujours aussi addictive.
    Note : 3/5
  • « J’envisage de te vendre » de Frédérique Martin aux Editions Belfond
    Pari audacieux des Editions Belfond que de remettre à l’ordre du jour de cette rentrée littéraire les nouvelles, genre largement sous-estimé dans la littérature Française alors qu’il accompagne les grandes heures de la littérature Anglo-Saxonne. Un pari réussi avec ce recueil désopilant de cruauté tonique où s’entremêlent les vicissitudes d’un monde cloisonné dans son propre dégoût. S’y côtoient les archétypes névrotiques de cette société du spectacle qui finit par broyer les êtres au détour de ses règles sans foi ni loi. Un ensemble très tenu d’où émergent certaines petite pépites qui invitent à la réflexion autant qu’au rire, et d’autres moins tenues où la langue parfois se relâche et où fleurit un style à l’argot un peu trop stéréotypé. Néanmoins, n’hésitez pas à déambuler auprès des mots de Frédérique Martin dont l’oeil avisé et sensible sait décrypter  le cynisme et le délitement de nos sociétés. A lire.
    Note : 3/5

    VRAIMENT SANS PLUS, MAIS …
  • « Toutes nos vies » de Stéphane Guibourgé aux Editions du Rocher
    C’est avec délectation que je me préparais à cette lecture, elle aussi inscrite dans la rentrée littéraire, suite à la claque que j’avais reçue en découvrant son précédent roman « Les fils de rien, les princes, les humiliés » paru en 2014 chez Fayard. Mais à la claque s’est substituée la déception face à ce récit qui s’emporte trop dans le lyrisme pour convaincre, en dépit d’un sujet qui aurait pu être une magnifique déclaration d’amour. Mais à défaut de nous émouvoir, l’auteur s’empêtre dans le narcissisme de ses mots et c’est du bout des doigts que l’on effleure celle à laquelle cette déclaration est destinée. Demeurent cependant quelques belles tournures mâtinées de romantisme sauvage si chères à Stéphane Guibourgé dont on ne peut démentir le talent brut qui ici se fourvoie et dont on aurait aimé qu’un éditeur le canalise et l’épure pour en extraire la quintessence.
    Note : 2/5Le livre de la rentrée littéraire que je ne lirai pas jusqu’au bout :
  • « Histoire de la violence » par Edouard Louis aux Editions du Seuil 
    Après le fumeux « En finir avec Eddy belle gueule » dont les cent premières pages avaient suffi à me vacciner de la suite, voici le preppy à houppette de retour sur la scène littéraire avec des atermoiements narcissiques mâtinés de tendances sociétales et de références à n’en plus finir. Décidément, il ne passe toujours pas le cap des cent pages (voire moins). Adepte des mots en « obe » le jeune homme appartient à cette caste, tendant à devenir une fausse et nouvelle élite, qui louvoie du côté de l’essai raté et du récit qui l’est tout autant. Bien que ne cautionnant pas la violence gratuite, faudrait-il rappeler au jeune homme que faire monter chez soi en pleine nuit un inconnu que l’on drague dans la rue peut avoir des conséquences autres que celle de se regarder dans le blanc des yeux ? Il s’agit là d’une question de bon sens. Histoire de la crédulité peut-être ? Rédhibitoire et ridicule. Relisez ou lisez plutôt le magicien des mots Hervé Guibert vers lequel espère tendre sans y parvenir Edouard Louis.Astrid Manfredi, le 24 janvier 2016.

 

 

 

 

 

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