février 01

Découvrez mon texte : il faudrait …

graines-pissenlit-noir-blanc

Inspiration du jour  …

Il faudrait savoir très tôt que la vie n’est pas faite pour réguler le bonheur. Il faudrait savoir tant de choses avant de les vivre. Enfin avant de les vivre comme il faudrait les vivre, avec cette gourmandise de l’être errant qui a pris conscience de sa souffrance ordinaire et de son inéluctable avancée. Il faudrait sentir le vent avant qu’il n’arrive et s’y exposer comme dans le préambule d’une histoire. Il faudrait pouvoir mourir avant de vivre pour témoigner qu’il n’y a plus rien après. Que c’est ici et maintenant, avec ou sans argent, avec ou sans amour, qu’est notre place, qu’est notre trace. Il faudrait savoir comment aimer avant d’être quitté. Il faudrait savoir rêver avant que le sommeil ne vienne. Ce rêve éveillé que font les petits enfants, leurs grands dociles posés sur le monde. Il faudrait pouvoir reprendre les prises de vue de nos scène ratées. Ce moment où tu t’en vas, ce moment où je ne sais pas quoi dire pour que tu y renonces. Ce moment où j’ai parlé trop vite, et je ne sais plus comment faire pour rattraper ces mots déjà installés dans l’ouïe de l’autre. Il faudrait pouvoir explorer la nuit avant de la défier . Il faudrait peindre nos vies sur de vastes toiles blanches et oser les retoucher quand elles s’effritent. Il faudrait chanter cette chanson avant qu’elle ne se composée. Il faudrait dire la vérité avant de l’ensevelir sous l’étoffe du mensonge. Il faudrait échanger nos peaux pour mieux connaitre la sienne. Il faudrait que je te dise que cet oiseau dans sa cage n’est pas l’oiseau que tu vois, mais le mal que l’on se fait, ce mal que l’on emprisonne en ignorant qu’il s’échappera. Et nous reviendra, identique, obstiné. Il faudrait une vie lente et une mort brusque. Il faudrait épier le vent, l’accueillir entre ses bras et le laisser nous étreindre sur des rivages incertains. Il faudrait qu’on s’aime. 

Astrid Manfredi, le 01/02/2016 copyright tous droits réservés.

Publicités