Lettre à David Bowie

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Ma lettre à David Bowie a été lue sur Oui FM dans l’émission « Le café gourmand » animée par l’animateur culte Dom Kiris

Cher Starman,
J’ai appris votre mort sans y croire. Je vous pensais immortel. Pas uniquement en tant que créateur d’une oeuvre musicale aussi originale que vénéneuse, mais aussi en tant qu’homme. J’imaginais que vous seriez toujours vivant et qu’au détour d’une actualité culturelle, je verrais votre beau visage, votre regard oblique de félin égayer un monde où certains idéologues s’arrogent le droit de tuer la musique. Grand frère de tous les excès, des talons aiguilles, des perruques pourpres, de l’eyeliner démesuré, des combinaisons en latex. Des atours grâce auxquels vous avez inventé le glamour au masculin. Même affublé d’improbables excentricités vous aviez cette posture de Lord né dans les bas-fonds. Une classe inimitable. Du sang bleu et des veines de voyou. Et cette voix. Rauque, grave, abîmée d’amour, de rires, de fantaisie, de contre-temps, de sexe troublant. Cette voix qui donne envie de chavirer entre vos yeux. Organe enchanteur mis au service d’une symphonie dont vous avez été le génial inventeur. Ne cédant jamais vos droits. Oui, vous étiez l’unique propriétaire de vous-même. Peut-être l’instinct de survie de celui qui est né sans la petite cuillère dorée ? Ou la réminiscence de ce demi-frère schizophrène qui n’a jamais cessé de vous hanter ?

Une carrière sur quatre décennies enchaînant tube mythique sur tube mythique, osant les arrangements les plus décalés avec les accords les plus simples. Magie de la grande musique, du rock populaire qui transcende tous les genres et fait couler le rimmel des filles. Séducteur, vous l’étiez. Bravant les interdits, tatouant de votre superbe arrogance les garçons comme les filles. Qu’importe, tant qu’on s’aime. Clope au bec, votre main de ballerine dans vos cheveux peroxydés, et c’est un cortège d’émois qui s’invitait sur les murs des chambres adolescentes.

J’étais cette adolescente. La première fois que je vous ai vu, j’ai cru défaillir. Concrètement, comme défaillaient d’hystérie les fans des Beatles. Je vous ai acheté en poster grand format, punaisé sur le mur de ma chambre. Je vous ai écouté à en perdre l’ouïe. J’espérais vous rencontrer. Mais aujourd’hui, je sais que c’était mieux ainsi. Vous rêver. Je vous ai toujours trouvé Viscontien. En vous bataillaient le vice et la vertu. Certains vous affublent déjà de noms d’oiseaux, regrettent tous les éloges dont vous faites l’objet et reviennent sur la litanie du musicien talentueux mais incompris, parce que méconnu. Mais un tel panache musical, unique par sa force, sa brutalité, son esthétique, ne pouvait pas rester dans l’ombre. Au choc de l’image, vous avez su allier celui du son. Alchimie céleste. Si le dictionnaire devait se moderniser, et si devait être revisitée la définition du mot Rock-Star, c’est votre nom que je choisirais pour l’incarner. Simplement votre nom. David Bowie. Une poussière d’étoile. Un dandy pour un voyage au bout de la nuit sans ce cynisme d’opérette dont s’affublent tant de créateurs d’ici ou d’ailleurs. Gainsbourg écrivait « La musique est un art majeur destiné aux mineurs ». Il me semble que vous tomberez d’accord. Là-haut. Aux côtés de l’étoile noire.

Une fan.

Astrid Manfredi copyright tous droits réservés, le 11 janvier 2016

 

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