février 02

Jacqueline Sauvage : vipère au poing …

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Nœud de vipères que cette affaire dont l’effroi suscite toutes les interprétations et excitations. Jusqu’à l’intervention du Président de la République, qui à bon escient a tranché pour une une grâce partielle, évitant ainsi les invectives des lobbys féministes et autres lobbys judiciaires.

A voir les photos de Jacqueline Sauvage, me saisit une forme d’appréhension ou plutôt d’incompréhension ? Que lire sur ce visage fermé à toute émotion ? Une femme vêtue de gris, assise passivement sur la chaise d’un tribunal d’Assises, et dont ne semble demeurer qu’une enveloppe corporelle d’où toute vie se serait absentée. Une femme qui fut chef d’entreprise et qui pendant plus de quarante années n’a pas su faire valoir son tempérament sur l’homme auprès duquel elle vivait. Quarante années de coups et autres humiliations partagées avec ses enfants. Ses trois filles et son fils. Parodie de tragédie antique dans un pavillon de Province où les volets et les bouches restent clos. Tel  le chef d’une meute névrotique le prédateur s’engouffrait dans cette aliénation qui n’a pas été en mesure d’émettre une seule protestation.

Coupable ou victime Jacqueline Sauvage ?

Victime de violences conjugales d’une horreur telle qu’elles altèrent le libre-arbitre. Coupable d’avoir laissé ces violences se perpétrer contre ses enfants. Limite de son silence étrangement opaque. A quel moment un individu considéré d’intelligence normale et dont les experts ont diagnostiqué l’absence de pathologie psychiatrique baisse-t-il les bras face à cette monstruosité ordinaire ? A quel moment a-t-elle renoncé à cet instinct de protection de ses petits qui caractérise le règne vivant ? En acceptant les coups de son compagnon, n’a-t-elle pas aussi autorisé ceux que ce mari a distribué sans compter à ses enfants qu’il maltraitait par ailleurs sexuellement ? Effrayant et long mutisme dont on pourrait s’interroger sur la part de jouissance secondaire qu’il procurait à celle qui en était la victime. Bénéfice d’une souffrance répétitive devenue un mode de vie auquel on se résigne car peut-être se rejouent au cœur de ces scènes horrifiques d’autres scènes primitives tout aussi cruelles au sein d’un autre noyau familial ? Jacqueline Sauvage apprendra pendant sa détention le suicide de son seul fils, le second homme de la famille enferré dans ce gynécée qui ne sut pas remplir sa fonction originelle. Tous les tabous furent transgressés au sein de cette cellule familiale qui pour corroborer sa dimension brutale pratiquait la chasse, du moins en ce qui concerne les époux terribles. Duo de chasseurs arpentant les herbes folles pour zigouiller les animaux. C’est avec ce fusil de chasse totem que Jacqueline Sauvage assassinera avec trois chevrotines son époux. Dans le dos. Elle a fermé les yeux en appuyant sur la détente, trouvant la force de mettre un terme à cette silencieuse traque humaine de plus de quarante ans. Jacqueline Sauvage a enfin su s’affranchir de son statut de coupable et redevient la victime d’un homme dont elle a tu l’ivresse de violence.  Assise sur la chaise du tribunal d’assisses, le visage graniteux, elle prend des allures de Mère Courage et porte enfin le nom qui lui convient. En osant ce meurtre elle s’est reconnectée à l’énergie aimante et puissante du féminin.

Jacqueline Sauvage n’est désormais plus une femme battue, ni une mère qui a laissé battre ses enfants.

Astrid Manfredi, le 02 février 2016, copyright tous droits réservés

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