février 08

Eteindre la lumière ….

Venise1

La vie a la saveur acidulée d’un bubble-gum. Aujourd’hui, elle fait des bulles à la chlorophylle, la vie. Derrière ses averses incessantes, j’ai capturé des éclaircies. Je les ai disposées dans mon fourre-tout où s’entassent des cahiers inachevés, des titres de transport froissés, des dettes impayées, des mensonges hardis, des rires sous cape, du rose à joues et mes chères cigarettes. J’ai fermé les cordons du sac. Puis, j’ai marché. Puis, j’ai essayé cette robe parsemée de fleurs dans une boutique sur les Grands Boulevards. Yves Montand chantait ses bobards. Elle me va bien cette robe. Coupe pimpante dont le tissu fluide s’enhardit sur les jambes. J’ai perçu comme un air de printemps. Une exhalaison de la terre, une humidité fraîche mais sans excès. Et le vent s’acharnait, pourtant. Toute détrempée, Paris était captive du déluge et crépitante comme une femme pressée de retrouver celui qu’elle aime. Des couples se calfeutraient sous les braseros des terrasses. Des femmes étrennaient des bas. Des hommes les regardaient. Sensation d’avoir retrouvé la vue. Personne ne m’attend ce soir mais je n’attends personne, non plus. Si le printemps. Vivement qu’il soit là et qu’il autorise les premières flâneries. Adieu mes chères angoisses. Voici venu le temps de l’allégresse retrouvée. J’assemble les anémones dans un vase. Je me réjouis du livre que je vais découvrir, installée entre des draps propres. Je me réjouis d’une nuit paisible aux accords délavés. Ce soir, la vie se meut dans la lumière duveteuse d’une toile de Turner. Sans accrocs, j’y cherche le sommeil. En position fœtale, mon corps retrouve sa place. Je rêve de caracos en dentelles, de bottines à délacer, de bougies qui s’étiolent, de nature qui s’éveille, d’une goutte de sang laissée par l’épine d’une rose, de bleus d’aquarellistes et de la douceur d’une main. Encore.

Astrid Manfredi, le 08/02/2016 copyright tous droits réservés

 Et cette chanson …

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