février 20

Un court extrait de mon second roman : la nuit, je mens

Je vous invite à découvrir un court extrait de mon second roman « La nuit, je mens » en cours d’élaboration.

« Comme je devenais un as en Deleuze et en toute la clique d’éjaculateurs précoces ayant besoin d’un bon coup d’escarpin dans la tronche pour l’avoir raide, je passais ma vie au flipper du bistrot où je cultivais le déhanché entouré d’un essaim de minettes. A tous les coups, je faisais péter l’extra balle et le patron m’offrait des tournées. Pas grand monde ne retint mon attention dans ce lupanar acnéique avide d’un mot pour un autre. Si ce n’est une jeune fille avec un chignon. Une fille avec un regard de renarde pris au piège dans l’illimité de la bêtise humaine et dans son manque d’ambition pour y renoncer. Je l’observais.

L’air chiffonné, elle était seule dans sa bulle bûchant sur ses cours de criminologie. J’appris qu’elle s’appelait Alice. Alice Casabelle. Elle était belle. Sans le comprendre. D’une beauté qui n’avait pas besoin d’assentiment. Elle ne regardait rien. Elle regardait tout. Et j’inventoriais les coups d’œil qu’elle m’offrait, tandis qu’elle étudiait avec assiduité le profil psychologique de Jack l’Eventreur. Un mec génial au passage. Elle me faisait l’effet d’un Edelweiss égaré dans un monde où plus rien ne pousse. Quand je la vis s’extraire de la moleskine pour se poster devant moi et murmurer un bonjour ravissant d’embarras je crus descendre d’un songe et dus rassembler mon courage pour garder un semblant d’assurance. Derrière le plâtre de son teint, je perçus les rougeurs de sa confusion. En un coup d’œil elle chassa les regards des autres filles tandis que le petit monde épinglé de ses cheveux tombait à mes pieds.

C’était elle. Elle était là, évidente. Désolante de regards fuyants et de longs cils. Si pâle. Intrigante de questions non posées. Rougissante de se sentir observée. Résolument autre. Ouvertement elle. Grave mais pas encore triste. Vêtue de noir, mais éclairée de rires en devenir. A peine vingt ans. Une bouche close sur des dents bien alignées. Des pieds engoncés dans des gros godillots. Une voix à peine audible. Des doigts graciles qui s’attardaient sur la ligne de son cou aussi diaphane que celle d’un col de cygne. Alice Casabelle. Minuscule faiseuse d’anges. Liquidatrice de mon futur. Sentinelle de mon passé. Découvreuse de mon présent.

 J’étais amoureux.

Avec fébrilité, elle ramassa les vestiges métalliques de son chignon avant de sprinter besace au vent. Jusqu’à devenir un imperceptible confetti attristé qu’aucune partition de vent ne le fasse réapparaître. A terre, gisait l’une de ses épingles. Je l’ai toujours. Une épingle noire et vulnérable dont le métal écaillé révèle encore des particules de sa fragrance.L’air de rien, je repris ma partie de flipper mais le cœur n’y était plus et les gloussements des étudiantes aux cheveux de paille me firent tourner de l’œil. Dans la soirée, j’attrapais à la hâte dans un bistrot du quartier latin une petite anglaise très libérée, qui finit par s’enfuir tant je la brusquais. Je devais m’imaginer qu’en la secouant quelque chose d’Alice Casabelle s’échapperait de sa lippe stupide. Nada, rien ne sut s’exfiltrer de sa moue et j’en désirais encore davantage les signaux de ma sauvageonne. »

Astrid Manfredi, copyright tous droits réservés, le 20/02/2016

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