février 22

Découvrez mon texte : la balade ….

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Elle marchait comme le font les pèlerins, à vive allure mais aussi avec économie. Les terrasses étaient bondées, elle ne s’y arrêtait plus. Ces pauses lui avaient coûté cher car arrivait toujours le moment où le simple verre pour se détendre se transformait en une sorte de messe profane dont l’envoûtement n’était pas celui escompté. Elle marchait. En elle subsistaient les secrets qu’elle avait sus taire. Ils ne lui pesaient pas, elle les avait rétrogradés dans ses souliers qui foulaient le pavé. Elle ne s’arrêtait plus devant les miroirs pour vérifier son apparence, déterminée qu’elle était à rejoindre les instants  agréables de son histoire. Elle gardait le souvenir précis d’une cascade du Jura dont l’eau était si fraîche que son contact était recherché par les amateurs de nature, mais délaissé par le tourisme de masse. Elle gardait le souvenir de cette plage des Landes, où des touffes éparses d’herbes folles parsemaient les dunes et habillaient d’espérance l’unité du jaune. Elle gardait le souvenir de ce verre de diabolo citron pris au Café de la Paix, à Paris. Et les jolies femmes passaient entre les tables pour retrouver des hommes dont on devinait à l’empressement de leurs baisers qu’ils n’étaient pas ceux de tous les jours. Elle gardait un souvenir précis des hommes aimés. De leurs attitudes, des vêtements qu’ils portaient, de la façon dont ils allumaient leurs cigarettes ou inclinaient la tête quand ils avait quelque chose d’important à lui dire. L’été avançait. Il faisait de plus en plus chaud. Elle était loin déjà, au bord du Canal Saint-Martin qui par chance n’était pas encore envahi par des bataillons qui bientôt se rassembleraient pour l’apéritif et laisseraient traîner leurs détritus. Elle s’assit au bord de l’eau et ôta ses chaussures.L’eau du canal était propre et elle y plongea ses pieds engourdis par la marche. Elle n’avait pas de rendez-vous, pas de travail à rendre, pas de livre à lire. Elle resta assise, simplement, laissant se dissoudre les minutes de canicule. Une accumulation de bruits inopportuns, de verres qui s’entrechoquaient les uns contre les autres, la sortirent de son engourdissement. Elle rechaussa ses ballerines et prit la direction de la Rive Gauche. Son téléphone n’avait pas sonné et aucun message ne venait perturber l’inertie de l’écran noir. Auparavant, elle en aurait souffert cherchant par tous les moyens à entendre une voix familière. Elle n’en fit rien et but avidement la bouteille d’eau qu’elle avait pris le soin de déposer dans son sac. Elle passa une main dans ses cheveux humides et un homme lui sourit.

Astrid Manfredi, copyright tous droits réservés, le 22/02/2016

La chanson que cela m’évoque …

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