février 26

Lettre adressée à l’espoir ….

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Cher espoir,
Je t’écris car j’aimerais bien que tu reviennes nous chercher. Depuis combien d’années es-tu parti ? Je ne parviens plus à les compter tant elle me semblent innombrables. Je crois que tu as pris la décision de t’éclipser peu après 2007. Peut-être as-tu perçu la lenteur du printemps, la décomposition des pétales de fleurs, la sourde colère de la terre, le dernier râle des feux sidérurgiques ? Peut-être as-tu été las de nos promesses non tenues et as-tu choisi de te réfugier dans les vastes forêts où l’oxygène constant te tient compagnie ? Mais sache que nous avons besoin de toi. L’atmosphère devient irrespirable car la déréliction et la dénonciation sont devenues nos soeurs d’infortune et c’est entre les pans rêches de ce mépris que nous nous réfugions. Où as-tu caché les bonnes nouvelles ? Les seules auxquelles nous ayons accès viennent de l’espace. C’est si haut qu’on ne peut pas y aller.

Je t’écris parce qu’il y a urgence. Parce que j’ai peur que tout devienne sombre, tu sais comme dans ce film d’anticipation Dark City où le monde entier se retrouve plongé  dans le noir et où chacun règle ses comptes avec son voisin sans prendre la peine de l’écouter. C’est cette obscurité définitive qui permet aux hommes de montrer leurs crocs. En 2012, nous avons cru que tu reviendrais nous saluer mais tu as compris que l’heure n’était pas à l’avènement du rose. A nouveau tu as fait tes valises et depuis tu es introuvable. Nous te cherchons pourtant dans de minuscules recoins. Parmi nos rêves indociles, parmi nos sourires imprévus. Je sais aussi que tu es très en colère contre nous quand tu lis ces chiffres : 9 millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté. Comment ne pas comprendre ton courroux et ton désir de prendre la fuite ? Mais là, il y a urgence car sans toi nous n’y parviendrons pas. Nous ferons du cynisme et de l’aigreur nos certitudes de l’avenir. Nous vivrons dans l’ère du soupçon et notre saine contestation ne sera plus qu’un cri sans écho dévoré par les rouages d’intérêts dont nous ne saisissons plus le sens. Souhaites-tu cher espoir que tout explose ? Crois-tu qu’il faille une grande révolte pour que l’on implore à nouveau l’éclat de ta lumière ? Ne fais pas ça. Ne nous laisse pas. Sache que nous te portons à l’intérieur de nos zones les plus farouches et que beaucoup d’entre nous sont encore prêts à t’accueillir.

Nous sommes le dimanche 26 février 2017, je ne sais pas si tu entendras mon appel. Et si d’autres inconnus se joindront à moi. Cette lettre est une bouteille dans le ciel. Il est si beau le ciel. Rien ne vient à bout de sa perfection. Ni la névrose du pouvoir. Ni les sondages infamants. Ni ces informations qui tournent en boucle sur elles-mêmes jusqu’à la nausée. Ni la ronde maléfique des réseaux sociaux qui piétine le voile de la mariée. J’ignore quel est ton visage. J’ignore quelle est couleur de tes yeux, celle de tes cheveux ou encore celle de ta peau. Tu es incolore et tu as le don d’invisibilité car tu as compris bien avant nous que l’âme n’avait pas de couleur. Nous t’attendons. Ne tarde pas, après il fera trop chaud et pour t’avoir côtoyé je sais que le printemps est la saison faite pour nos retrouvailles.

Astrid Manfredi, le 26 février 2017 copyright tous droits réservés.

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