Laisse parler les filles https://laisseparlerlesfilles.com "Moi Monsieur, je suis pleine du bruit assourdissant de vivre" Astrid Manfredi "La petite barbare" Thu, 09 Jun 2022 20:05:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.com/ https://s0.wp.com/i/buttonw-com.png Laisse parler les filles https://laisseparlerlesfilles.com Découvrez mon texte : « Tiens-toi droite ! » https://laisseparlerlesfilles.com/2022/06/09/decouvrez-mon-texte-tiens-toi-droite/ https://laisseparlerlesfilles.com/2022/06/09/decouvrez-mon-texte-tiens-toi-droite/#respond Thu, 09 Jun 2022 19:10:25 +0000 https://laisseparlerlesfilles.com/?p=5619 Lire la suite]]>

Tiens-toi droite, ne pose pas tes coudes sur la table. Ne sauce pas ta salade avec le morceau de pain. Julia, ça ne se fait pas. Sors de table, nous avons à discuter avec papa.

Oui maman, tout de suite.

Joie retrouvée du mouvement. Fin des fourmis dans les jambes. Je vais enfin pouvoir manger mes crottes de nez. La ratatouille de maman était dégueu, pleine d’eau et de gros morceaux de légumes jaunes et acides. Oui maman, discute avec papa. Papa, il ne sentait pas bon ce soir, il avait une odeur forte dans la bouche, la même odeur que celle du produit que maman met sur mes bobos.

Je file dans ma chambre. Une grande chambre pour princesse à volants avec la tête pleine d’anglaises qui sentent le pudding. Une chambre avec un lit à baldaquin et des posters de Kate Middleton. Plus tard, j’épouserai un roi, un roi avec de larges épaules et de toutes petites jambes. Faut que je révise mes mathématiques. Je déteste compter. Compter c’est le métier de papa à la banque rot de child. Il compte et recompte toute la journée. Parfois, il convoque des gens dans son grand bureau et il les gronde ou alors il les invite dans un château. Maman, elle, elle dépense les sous que papa compte. Papa ne dit rien, il a l’air d’accord. Maman, elle est toujours « pouponnée » et elle met beaucoup de crème foncée sur sa peau pour cacher des trucs rouges sur ses joues. Elle porte de grosses boucles d’oreille blanches qui font descendre ses lobes d’oreille jusqu’à ses épaules. Elle appelle ça des perles. Moi je trouve ça très moche. Avec papa et maman on va à la messe le dimanche et on s’agenouille sur un banc en bois en prenant un air triste. Enfin, surtout maman. Le curée me donne une pastille blanche infecte qui pue le médicament. Je dois dire « merci Seigneur ». C’est tout. Papa et maman, ils crient beaucoup, surtout les soirs de semaine. Ils crient sur la vie qui est moche. Du moins, c’est maman qui crie ça. Moi je ne trouve pas. Dernièrement, j’ai adopté une coccinelle une petite bête noire bombée avec des pois rouges. Elle se promène sur ma main. C’est tellement doux. Je l’ai appelée « fillette », c’est comme ça que m’appelle papa en faisant une grosse voix d’ogre et en me soulevant de terre. Qu’est-ce que c’est amusant. J’entends maman qui pleure à travers la cloison. J’entends un grand bruit, comme quelque chose qui tombe. Ou quelqu’un ? A moins que ce ne soit mon chat qui renverse tous les bibelots. Des bibelots affreux de l’ancien temps qui ressemblent à des fantômes près à me jeter un sort. Le silence se fait. Faut que je compte, et plus vite que ça.

Quand la nuit tombe complètement et que dehors c’est tout noir comme dans ma tête quand j’ai envie de pleurer, j’ouvre la fenêtre du salon. Une grande fenêtre qui donne sur un jardin où il y a des fleurs roses qui sentent tellement bon qu’on se croirait au Paradis. Pas le Paradis du curé, non un autre Paradis. Celui où ma maman ne se tartine plus le visage de marron, celui où papa me raconte des histoires de petites filles qui ne grandissent jamais, celui où les bibelots-fantômes se transforment en fées qui scintillent comme des pierres précieuses. Je reste longtemps là, à sentir la beauté fragile du jasmin. Que je suis heureuse. Parfois, maman me surprend. Tiens-toi droite Julia sinon tu vas avoir une scoliose. Puis elle retourne se coucher. Sans sa pommade marron son visage est celui d’une enfant, une enfant qui ne sourit plus.

Tous les mercredis maman me prépare pour aller à la danse. Elle lasse mes chaussons, ajuste mon tutu, serre mon chignon. Je suis sa ballerine. Je suis son rêve. Sauf que je suis nulle en danse. Je suis raide comme un piquet et mes frêles jambes se ploient avec difficulté. Ce que je préfère c’est ramper sur le tapis de ma chambre comme une limace ou un escargot en parlant avec ma coccinelle « fillette ». Tous les jeudis maman prépare mon sac pour aller au Solfège. Elle classe mes partitions, elle fredonne du Jean-Sébastien Baque, elle tresse mes cheveux, elle accorde mes émotions. Sauf que je suis nulle en piano. Je ne sais reconnaître ni les noires, ni les blanches, ni les Sol, ni les Fa. Moi ce que j’aime c’est chanter « This Girl is on fire » de Alicia quees en faisant une grosse bouche de poisson extra-terrestre. C’est ma copine Lucia qui me l’a apprise. Lucia elle est noire comme le chocolat que maman fait fondre dans le lait demi-écrémé, car entier c’est mauvais pour la santé. Lucia, elle porte des pantalons rouges et des ballerines dorées. Sa peau sent la vanille et la défaite, du moins ça c’est maman qui le dit. Moi je ne sens que la vanille. Lucia, elle danse comme le diable sur les tableaux de Moyen-âge que papa et maman m’obligent à regarder. Je n’ose pas leur dire que je trouve le diable plus rigolo que la Sainte-Vierge avec son air de folle malheureuse. Lucia, elle m’emmène sur un terrain vague et elle me donne un bouclier pour qu’on joue aux guerrières. Quand je rentre ma robe bleue est toute crottée. Tiens-toi droite, tiens toi bien, fillette. Ca c’est quand papa est là, c’est à dire rarement.

Parfois papa et maman s’embrassent sur la bouche et la pommette rouge de maman scintille comme une luciole. Il passe sa main sur sa pommette rouge et je crois qu’il pleure. J’entends maman dire c’est rien Jean, tout va bien. Si tout va bien, c’est ce que c’est vrai non ?

Le vendredi maman me prépare pour le poney. Elle décrasse mes éperons, brosse ma toque de cavalière et ajuste mon pantalon bleu-marine qui me sert les jambes à un point ignoble. Je déteste les canassons, leurs têtes débiles et leur odeur de foin mouillé. Moi ce que j’aime c’est faire l’infirmière pour Miguel le fils des concierges. Je lui noue des bandages sur la tête et l’autre jour je l’ai même embrassé sur la bouche. C’était comme mâcher un chewing-gum mais en moins collant.

C’est la nuit noire, celle que je préfère. Je pénètre dans le salon pour sentir les fleurs roses. Maman est allongée sur le canapé. Elle est belle dans sa chemise de nuit blanche pleine de dentelles. On dirait une reine. Je m’approche d’elle et lui caresse sa joue toute rouge. En fait maintenant elle est bleue sa joue. Maman ne bouge pas. On dirait une reine morte comme celle dans la basilique Saint-Denis. Sa main est raide et toute petite, ses doigts sont recroquevillés comme s’ils essayaient de dire quelque chose. A côté de maman, il y a des boîtes de toutes les couleurs. Surtout des vertes. A côté de maman il y a un verre qui sent comme ce qu’elle me met pour guérir mes bobos. Maman ne bouge pas. Je crois que je sais. Je crois que maman trouvait la vie moche. C’est écrit sur ses joues.

Astrid Manfredi, copyright tous droits réservés, le 09/06/2022

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C’était la fête de la musique, je portais une robe rouge à pois blancs.

Elle dévoilait mes jambes encore pâles. Les grandes vacances d’été étaient pour bientôt. J’avais prévu des vacances studieuses puisqu’une fois le bac en poche je devais participer à un stage de développement durable. Stage organisé par une ONG spécialisée dans la défense des fonds marins malmenés par les boursouflures de la mondialisation. En octobre, je devais intégrer la faculté de lettres à la Sorbonne. Pour devenir professeure de français en ZEP ou chargée de communication dans la philanthropie, de préférence dans l’écologie. Comme toutes les jeunes filles de ma génération je frémissais d’effroi devant les atteintes portées à la nature et notamment aux arbres. Arbres auxquels je portais une passion brûlante. Je souhaitais qu’on me prénomme Frêne, y compris mes parents. Las de mes colères répétées, ils avaient fini par céder et me prénommaient par mon nom d’arbre. Je n’étais plus la petite Lola passive qu’ils trimballaient à l’arrière de leur bagnole comme un sac de course encombrant. Je passais de moins en moins de temps avec eux car je n’aimais pas leur vie. Une vie de code-barres asphyxiée de bibelots inutiles, de bouffe trop grasse, de bons de réduction et de chemisiers en nylon. Moi j’étais une fille du 100% coton, une Cybèle des colchiques et des bleuets, une fille des douches à l’eau froide et des protections périodiques réutilisables.

Pour la fête de la musique j’avais donc fait une entorse au chanvre et au coton et j’avais emprunté à mon amie Sylvia sa robe à pois en soie sauvage. Sa coupe ajustée mettait en valeur mes formes adolescentes. Et puis j’étais heureuse malgré les 45° qui faisaient fondre le bitume parisien. La canicule était telle qu’elle avait eue raison de l’agressivité collective. J’étais heureuse aussi. Heureuse, car j’avais rendez-vous avec un homme. Et pas n’importe quel homme : le père de mon amie Sylvia. Tom à 44 ans, il est marié. Il porte les cheveux longs et sa barbe de trois jours grisonnante par endroits lui donne un air terriblement sexy. Il est toujours élégant et porte le plus grand soin à ses chaussures. Des mocassins en peau colorée, de préférence rouge. Il a une odeur d’homme qui a bien réussi, une odeur de fauteuil club et de réunions interminables aux 4 coins du monde. C’est-à-dire l’exact contraire de celle de mon père qui fait du double gras sur sa chaise en mâtant CNews tout le week-end. Mais ce que j’aime par-dessus tout c’est son sourire. Un sourire à la fois féroce et tendre. Un sourire qui mord. En l’absence de Sylvia partie avec sa mère à la campagne, Tom m’avait proposé de l’accompagner prendre un verre à l’occasion de la fête de la musique. Un concert d’amis. Un concert de jazz dans un bar du Boulevard Saint-Germain. Visiblement, il me pensait seule, ce en quoi il n’avait pas tort. Sylvia partie, il ne désirait pas que je passe cette soirée un peu spéciale en mode déprime devant un paquet de chips aux lentilles.

Nous avions rendez-vous au métro Saint-Germain en face des Deux magots. Je m’étais renseignée sur le café en jetant un œil sur Wikipedia. Dans le temps, il avait été fréquenté par des intellectuels et des artistes dont Juliette Gréco, une femme très belle pour l’époque. Une femme à frange qui chantait des trucs tragiques en faisant des œillades langoureuses. J’avais vaguement écouté une ou deux chansons mais ce mélo n’était pas mon truc. L’air était brasier et je peinais à garder une apparence présentable. Je sentais la transpiration ruisseler dans mon dos et froisser la soie de la robe. Mon chignon s’écroulait sur mes épaules. Enfin, dans les escarpins empruntés à Sylvia mes pieds gonflés par la chaleur se contorsionnaient. A cet instant précis, je rêvais de prendre la tangente et de retrouver mon pavillon de Rueil-Malmaison avec papa devant CNews et maman devant son verre de rosé. Tranquillité sans inquiétude de ce qui est familier. Renforcée par la canicule, la pollution s’infiltrait entre les pores de ma peau et j’aurais donné cher pour une baignade dans un Fjord. Puis, Tom est arrivé. Le vacarme des bagnoles se fit moins pénible. Les cloches de l’église la bouclèrent enfin. Lorsqu’il posa sa main sur mon épaule, celle-ci était fraiche. Nous nous embrassâmes sur les deux joues. Il me prit par la taille et me fit tourner. Quelle jolie robe, murmura-t-il. Mais cesse de rougir, tu es une jeune femme et tu dois accepter les compliments. Comment lui dire que dans mes réunions d’intersectionnalité ces propos étaient proscrits voire dignes du bannissement. Si Louise l’exaltée, anciennement Tom le mal-aimé, me voyait dans cet accoutrement, elle ne s’en remettrait pas. Elle se sentirait trahie alors qu’elle avait toujours eu confiance en mon investissement pour la cause. La cause de celles et ceux qui déconstruisent l’existant pour bâtir la transgression. L’avènement d’un monde où les hommes osent les couettes et où les femmes pissent contre les murs. Et toc.

Sa main tout contre ma taille, la la la la, nous arrivâmes au bistrot où devaient jouer ses amis. Nous étions en avance, le groupe n’était pas encore en place. C’était un groupe de vieux fagotés à l’ancienne. Ils étaient encore plus vieux que Tom. Ils lançaient des blagues graveleuses sur les fesses de la serveuse qui s’en moquait royalement voire en rajoutait dans le déhanché suggestif. Tom riait de bon cœur. J’étais choquée. L’un deux, le guitariste me fit le baisemain pour me saluer. Vieux tocard des cavernes. Je m’essuyais la main sur l’ourlet de la robe en soie. Tom commanda deux kirs au champagne. Je n’en avais jamais bu. Je bus le mien d’une traite tant je me sentais mal à l’aise accoudée au comptoir et entourée de ces bonhommes libidineux. Tom commanda une seconde tournée. Je sentais l’ivresse me gagner et ma « faroucherie » céder. Je fus presque heureuse lorsque le bassiste me complimenta sur mon grain de beauté au coin des lèvres. Comme Cindy Crawford, rajouta-t-il. J’ignorais qui était cette Cindy Machin mais à l’écouter elle devait être canon. Je pris un 3ème Kir que je descendis également cul-sec. Tout devint attrayant. Lorsque Tom posa sa main sur ma cuisse et la pressa avec insistance, je me laissai faire, grisée par un désir inattendu. Il sentit mon trouble et persévéra. Il remonta sa main au niveau de mon pubis. Tu ne porteras pas plainte, dit-il dans un grand rire fauve ? Non, pourquoi. Continue lui dis-je J’en veux encore. Ce qu’il fit. La soirée passa entre les improvisations de jazz et les allées et venues de la main de Tom.  Une fille se mit à chanter une très belle chanson. C’est du Billie Holliday me souffla Tom dans l’oreille. La chanteuse à la fleur blanche et aux états d’âme tragiques. C’était magnifique, c’était l’histoire d’une vieille douleur que seule la musique peut honorer. Son mec la cognait dit-il, mais elle aimait ça. Je ne répondis pas, me contentant d’accueillir la voix et les bleus à l’âme déchirants de l’interprète, noire elle aussi.

Le bar ferma vers 2 heures du matin. Je n’avais pas vu le temps passer. Tom me prit par la main et nous nous mîmes à courir comme des gosses dans les rues du Quartier Latin encore très fréquenté. La chaleur était toujours assommante. Quelques badauds rigolaient à l’angle de la rue de Seine. Contre une porte cochère, sans chichis il releva ma robe et me fit l’amour. J’acceptais bien qu’étreinte par une pointe de culpabilité vis-à-vis de mes camarades de lutte. A la fin de nos ébats, il posa sa main sur ma bouche. Elle était moite. Chut, dit-il avec son doigt. J’eus envie de le mordre.

Il me déposa à un taxi et partit sans se retourner. Il titubait et un chewing-gum était collé sur la poche arrière de son jean. J’étais toute poisseuse et un peu triste aussi. Je savais que je ne le reverrai plus, du moins pas ainsi. Qu’allais-je dire aux autres ? Que j’avais perdu ma virginité contre une porte cochère avec un vieux beau à mocassins en peau rouge qui prend l’avion 2 fois par mois ? Non, trop la honte. Après tout, je mentirai. N’est-ce pas ainsi qu’on apprend à vivre ? En commençant à mentir un peu puis beaucoup jusqu’à s’embourber dans l’exquis mensonge de l’existence. Avant de me quitter, il m’avait dit, tu es si jolie Lola, profite. Et je ne m’étais pas mise en colère. Après tout c’était bien mon prénom qu’il avait épelé. Lola, 17 ans, 1m58, future bachelière, amoureuse du coton, des arbres et de la chaleur de l’été. Cette chaleur, pourvu qu’elle dure …

Astrid Manfredi, le 08 juin 2022, copyright tous droits réservés.

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Désolant … https://laisseparlerlesfilles.com/2022/04/11/desolant/ https://laisseparlerlesfilles.com/2022/04/11/desolant/#respond Mon, 11 Apr 2022 10:27:37 +0000 https://laisseparlerlesfilles.com/?p=5603 Lire la suite]]>

Nous vivons un cauchemar, 5 ans de plus avec EM c’est un cauchemar. #toutsaufmacron
« Encore la nuit. Le vide et seule la téloche qui dégueule sa rengaine. La vraie nuit jamais noire me manque.
J’en suis où ? Pas très loin. J’ai seize ans, ma vie stagne comme un jaune d’œuf trop cuit. Heureusement il y a le champagne, l’aubaine funky de l’adolescence, le breuvage doux et doré qu’on vole aux fils de riches en clignant l’œil de biche. Pute, c’est du boulot, tout est dans l’œillade. La nuit, nous marchons dans Paris une bouteille de Veuve Clicquot à la main. Terrés dans leur confort flippé les immeubles demeurent bouches cousues. Personne ne nous entend, le feulement de nos baskets ne laisse rien présager de la révolution qui verra le jour. Une nuit comme une autre, tout explosera et nous serons relax à nos fenêtres tandis que d’autres galoperont dans tous les sens, leurs livres de lièvres érudits sous le bras. La pièce il y a longtemps qu’on l’a écrite mais aucun d’entre eux ne l’a lue. Ils la vivront en live, nous tirerons les ficelles de leurs vies de marionnettes de la fraternité et ils viendront mendier l’armistice de notre rage. Nous envahirons les Champs de cette existence du pire que nous avons bâtie sans même qu’on nous regarde. Ils ont laissé la mauvaise herbe pousser sous leurs discours de progressistes planqués et aujourd’hui c’est le venin de l’herbe folle qui s’infiltre dans leur téléfilm.
Qu’ils rangent leur science, la guerre est déclarée. Le spectacle c’est maintenant.
J’ai seize ans. Sur ces trottoirs qui nous bannissent ma haine éclot comme une fleur sauvage, écarlate et douce. Dans son pistil névrotique et analphabète le souvenir de champs vierges, d’hommes unis autour d’une même parcelle d’horizon. Encore, chaque soir, je chante, à tue-tête. La voix de la rue mutique. A ceux qui nous disent ignares, j’envoie les premiers feux d’une révolution labellisée par les géants de la consommation qui chaussent les pieds de leurs gamins. J’ai seize ans. Parfois, je suis fière de moi. » Extrait « La petite barbare ».

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Le monde libre … https://laisseparlerlesfilles.com/2022/02/28/le-monde-libre/ https://laisseparlerlesfilles.com/2022/02/28/le-monde-libre/#comments Mon, 28 Feb 2022 14:44:48 +0000 https://laisseparlerlesfilles.com/?p=5571 Lire la suite]]>
Soldat seul …

Je pars à la guerre. On m’a dit que c’était la guerre. On m’a dit d’aller en Ukraine. Aujourd’hui, c’est l’été. La peau de ma femme est sucrée comme celle d’un abricot. Elle me sourit. La fossette sur son menton ne ment pas sur l’amour qu’elle me porte. Je savoure sur la terrasse de notre maison un dernier pastis, bien tassé, un 102 comme mon pote Gainsbarre qui batifole avec les feuilles de chou au cimetière du Montparnasse. L’odeur de l’anis, le frémissement des feuilles dans les arbres, le rire carnassier d’un gamin, une maman qui le gronde, le voisin qui me casse les oreilles avec sa flûte traversière. Que c’est beau la vie. Je n’ai jamais tenu un fusil, sauf ceux de quand j’étais môme. Je voulais toujours faire l’indien. Je n’ai jamais aimé la morgue des cow-boys ni la loi du Far-West. Il est 11h30, mon train est à 14h30. Gare de l’Est. Je n’ai jamais pu blairer cette gare, elle me le rend bien aujourd’hui. Je ne veux pas qu’elles m’accompagnent les femmes de ma vie : ma petite fille avec sa bouille de Mistral-Gagnant, ma belle Lola aux cheveux d’or et au cul bien potelé et maman avec son grand regard triste cerné de points d’interrogation. Le chat joue sur la table en plastoc du jardin. Il s’en fout lui, les oreilles dressées, en alerte pour s’emparer d’un piaf qu’il déposera ensuite fièrement sur le lino de la cuisine. Un sacré guerrier le matou. Je pense aux guerres, à la guerre 39-45 racontée par mon arrière-papi, à la meilleure amie de mon arrière grand-mère tondue après la guerre parce qu’elle avait couché avec un boche, c’est ainsi qu’on les appelait avant. Elle avait été internée après la tonte publique. De cet hôpital planqué dans une forêt d’Ile-de-France, elle n’en était jamais sortie. Elle y était devenue bibliothécaire. Plus personne ne la visitait. Ses cheveux n’avaient jamais repoussé, il parait, comme ceux de Marie-Antoinette. Je repense à mon vieil oncle, celui qui avait fait la guerre d’Algérie. Sous le soleil écrasant d’Alger, il avait vu ses frères mourir, leurs parties intimées coupées et fourrées dans leurs bouches. J’ai la trouille au bide, la gerbe dans le gosier. Et si je devenais un monstre ? Et si gonflé de vodka, cerné par l’insomnie je violais des femmes innocentes comme dans ce bouquin prêté par une amie « Une femme à Berlin ». L’armée rouge assoiffée de vengeance après tant de morts et de privations avait pénétré dans Berlin aidée par de nombreux Ukrainiens, la violence y avait régné en maître. Surtout celle exercée contre les plus faibles, bien entendu. Sur l’Angola aussi, j’ai lu des choses terribles, des viols perpétrés contre des femmes africaines par les soldats portugais. Les larmes de ces jeunes femmes au profil de médaille presque laissées pour mortes sur les paillasses de leurs huttes d’infortune. Est-ce que je serai en 1ère ligne avec mon fusil d’assaut entre mes mains trop fines ? Pétard, je vais crever là-bas à moins de me transformer en bête. Il faut aller les aider, voilà ce qu’ils nous ont dit. Il en va du monde libre. Libre, mon cul. Me suis-je vraiment senti libre un jour ? Si peut-être à la pointe du Cap-Fréhel avec le vent qui s’engouffrait comme un cambrioleur dans mon K-Way. J’avais fermé les yeux et j’avais attendu de longues minutes blotti au creux de cette merveilleuse solitude sans autre compagnie que celle des goélands et du fracas des vagues sur la roche rose. On m’a dit d’haïr les Russes, qu’ils soutenaient un tyran, le nouvel Hitler sans moustache ils l’appellent les va-t-en-guerre planqués derrière leur café-crème dans une brasserie bohême de la Rive-Gauche. Je n’ai jamais appris à haïr. J’avais aimé visiter Moscou avec ma chérie. La place rouge, comme dans la chanson de Gilbert Bécaud. L’âme slave rude et résiliente scellée entre les pierres de souffrance. Nous la chantions alors à tue-tête. Souvenirs de guerre froide, d’espions patibulaires planqués derrière des journaux, du café Pouchkine et de la lecture du Capital durant mon adolescence romantique. La dictature du prolétariat. Quelle connerie, tout ça.

A la télévision défilent en boucle des images de chaos, de rues jonchées de décombres, de femmes et d’enfants réfugiés dans les entrailles de la terre. Des experts bouffis d’andouillettes-frites et trop vieux pour aller se faire trouer la peau expliquent l’implacable avancée des troupe russes invitant les jeunes à la contrer. 13h30, c’est bientôt l’heure. Mon baluchon est prêt, ma cantine, mes godillots flambant neufs, mon casque et quelques livres, des photos des 3 femmes de ma vie. Un vrai poilu du Maréchal. Le Président a dit « la France est avec vous ». Non, la France ne se souviendra pas de moi. Je m’appelle Fred, j’ai 25 ans. Je suis menuisier-ébéniste. Tous les samedis après le boulot, je joue dans un groupe de rock avec mes potes. Des reprises de Joe Cocker, de Led Zeppelin et de Nirvana. Après la répétition on fume 1 ou 2 joints en buvant des Heineken tièdes. On refait le monde à l’endroit et on se refile quelques plans au black pour arrondir nos fins de mois. Lola nous prépare des pizzas avec de gros morceaux de Chorizo. C’est l’heure. Je les embrasse toutes les trois. Du bout du coeur, les larmes en embuscade, un galet dans la gorge, les poings recroquevillés dans les poches de mon treillis. Boys don’t cry. Mes pieds pèsent trois tonnes. Je pars me battre pour ce putain de monde libre.

Astrid Manfredi, le 28 février 2022

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Mon poème préféré de la langue française … https://laisseparlerlesfilles.com/2022/02/07/mon-prefere-de-la-langue-francaise/ https://laisseparlerlesfilles.com/2022/02/07/mon-prefere-de-la-langue-francaise/#respond Mon, 07 Feb 2022 10:05:46 +0000 https://laisseparlerlesfilles.com/?p=5565 Lire la suite]]> Et vous quel est le vôtre ?

El Desdichado

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval

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En mots, découvrez mon hommage à Monica Vitti … https://laisseparlerlesfilles.com/2022/02/04/en-mots-decouvrez-mon-hommage-a-monica-vitti/ https://laisseparlerlesfilles.com/2022/02/04/en-mots-decouvrez-mon-hommage-a-monica-vitti/#respond Fri, 04 Feb 2022 17:02:41 +0000 https://laisseparlerlesfilles.com/?p=5559 Lire la suite]]>

Monica

Avec elle, nous étions à Rome, Milan ou Bergame

Nous étions heureux, pourtant elle me refusait ses sourires

Elle fumait comme une femme, surtout la nuit

Elle portait des vestes en velours lisse, noires de préférence

Elle détestait les bijoux, surtout les bagues chichiteuses

Elle jouait dans des films mélancoliques auprès d’acteurs taiseux

Elle fuyait la caméra mais la caméra l’aimait

Cheveux mordorés, teint clair parsemé d’éclats d’automne

Elle avait scellé avec la terre de Sienne un pacte d’érotisme

Le soir, nous buvions des Camparis sertis de zests d’orange

Le sucre du fruit coulait sur son menton, elle ne l’essuyait pas

Après l’alcool, nous allions danser dans les boîtes de nuit à la mode

Elle ôtait ses escarpins sans me lâcher du regard

Après quelques mambos effrénés, elle s’écroulait sur une banquette

Et dormait à poings fermés aux côtés de ses sœurs de noce

Au petit matin, elle se levait pour retrouver Michelangelo

Je crois qu’il était amoureux d’elle

Du mouvement racé de sa main pour arranger sa longue mèche de cheveux

Il disait cette phrase “Quand tout a été dit, quand la scène majeure semble terminée, il y a ce qui vient après.”

Je crois que Monica était « ce qui vient après », la précarité des sentiments

Je ne sais plus la raison qui l’a poussée à me quitter

Ca fait longtemps

Elle refusait l’ennui même si elle ondulait contre ses murs

Je suis un homme plutôt ennuyeux et je ne sais pas tenir une caméra

Mon unique caméra fut mon regard

Regard posé sur une femme italienne née à Rome le 3 novembre 1931

Une femme italienne devenue une actrice de cinéma.

Copyright tous droits réservés, Astrid Manfredi, le 04 février 2022

Monica Vitti s’est éteinte le 2 février 2022 à Rome, sa ville de naissance.

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Elle croit que je n’entends rien, que je ne vois rien. Elle croit que je ne suis plus vivante. C’est la nouvelle, elle s’appelle Martine. Martine est de mauvaise humeur, souvent. Elle doit avoir 50 balais mais elle fait plus. C’est une fausse blonde aux cheveux secs. De l’eczéma sur ses mains, ça fait des croutes. Elle est mal payée Martine pour nettoyer la crotte sur le cul des vieux. Elle traine ses claquettes Scholl sur le lino. Ça fait 2 jours qu’elle n’a pas changé ma couche. Je baigne dans mon pipi et ça ne sent pas la rose. Elle ouvre la fenêtre en grand, rien à faire que je chope la crève. Ils savent que plus personne ne vient me voir. Que je suis la vieille allumée qui feuillette ses albums photos et qui lit de la poésie en versant les quelques larmes qui lui restent. Ça fait longtemps que je ne peux plus crier. Extinction des cordes vocales. Crier c’est vivre, se taire c’est survivre. A la télé ils ont parlé des vieux maltraités dans les maisons de retraite, ou Ehpads pour faire plus moderne. Tu parles d’une modernité. De temps en temps un binoclard cravaté, qui pourrait être mon arrière-petit fils, passe dans les chambres pour vérifier si tout est aux normes. Il gribouille sur son calepin quelques âneries qui finiront dans une note officielle que personne ne lira. Je suis vieille, je ne crie plus mais je ne suis pas dupe. Je me suis retrouvée là parce que je tenais plus debout, ostéoporose avancée, lassitude d’avoir effectué des milliards de pas. Le dos fossilisé. Besoin d’être assise et qu’on s’occupe de moi. Tu parles. En attendant ma maigre retraite passe dans mon supposé entretien. Dois-je en vouloir à Martine ? Elle n’est qu’un maillon faible dans l’ignoble chaîne du grand-âge. De ceux qu’on pique de force pour un oui pour un non. Vaccin Covid, 4 doses. Consentement du patient non nécessaire. C’est ce qu’il y avait écrit sur la feuille de Linda l’infirmière en charge des piqures. Ça m’aurait pas déplu moi de le choper leur virus chinois. Partir à tout berzingue dans une ambulance conduite par de jeunes costauds qui rigolent en trimballant la vioque à l’arrière. Direction l’hôpital de la ville. Sur mon brancard, observer du coin de l’œil le grand marécage de la vie. Des gamins écorchés, des soulographes insultants, des mères de famille avec un œil au beurre noir, des jeunes toubibs avec des cernes sous les yeux et peut-être une gentille infirmière, une toute douce à la peau noire et aux mains de Karité. On ne peut rien faire pour vous Madame Lanot, on va vous laisser dormir. Le grand sommeil, celui dont on ne revient plus.

Ils sont tous morts les copains, les maris, les enfants. Les petits-enfants s’en foutent ils ont leur vie. Tirer le diable par la queue dès le 15 du mois. Tu parles d’une existence. Et puis l’essence ça coute cher. Ils habitent là-bas à Menton, là où les vieux richards vont crever sous leurs caméras de surveillance. Quelle horreur. De mon temps on marchait, on prenait des locomotives charbonneuses et on regardait la campagne défiler. Gamine, avec mon petit-frère on se faisait des bisous inuit en se frottant le bout du nez. Y avait aussi les graines de pissenlit sur lesquelles on soufflait, rêvant d’un ailleurs que le quotidien ne pouvait pas nous offrir. Mais c’était pas grave cette vie rude, nous savions ce que signifiait être ensemble. Oh il n’y avait pas que des avantages, la promiscuité, le bruit, si un voisin était cocu tout le quartier était au courant mais s’il manquait un peu de farine sur la table de l’un d’eux y avait toujours une bonne âme pour dépanner. La part du pauvre, ça fait longtemps que je n’ai plus entendu cette expression. Et puis y avait les bals les soirs de mai, les corps qui s’échauffaient sous les bleus de travail, les casquettes bien lustrées et les bas nylons avec des coutures dessinées. Y avait aussi les salauds, y en a toujours eu. Ceux qui font semblant d’être sympathiques et qui te plantent un coup de surin dans le dos. Quelle engeance, surtout pendant la guerre. J’en veux pas aux gamines qui couchaient avec les boches. Voulaient manger à leur faim et être parfumées dans le cou. La vie était si pénible avec tous ces casqués qui nous tenaient à l’œil. Enfin bref, maintenant les salauds ne portent plus de baïonnettes ils préfèrent l’indifférence et laisser les vieux croupir dans leurs mouroirs, dans les normes. C’est comme ça maintenant. Y en a plus que pour le virus chinois, leur truc de pangolin ou de rat crevé. Ils ont font un cinéma pour pas grand-chose. Les gens se rappellent plus mais y en a des faiblards qu’ont crevé de la grippe pendant la guerre et même après avec la grippe de Hong-Kong. A l’époque ça ne faisait pas la Une comme on dit. Il est curieux ce monde où on laisse les vieux dépérir dans des prisons passées à l’eau de javel avec la téloche comme seul horizon et en même temps ça couine de partout pour qu’ils restent en vie. Sans doute une histoire de pognon, je vois que ça. C’est pas une vie d’avaler de la soupe poireaux patates sans sel tous les jours et de bouffer de la dinde reconstituée à Noël. La bidoche je l’aimais bien sanglante comme sortie des tripes de l’animal. Une bonne bidoche assortie d’un bon coup de rouge et d’une petite Gauloise pour faire des volutes. Que ça me manque de mastiquer, maintenant je mange tout haché menu sinon je m’étouffe. Une faute route ils appellent ça. Ils ont de l’humour les toubibs. Martine me jette un coup d’œil vachard, du genre ma vieille tu vas attendre pour ta couche. La bourrique. Je m’en fous, il me reste un peu d’eau de Cologne, j’en ai aspergé la pièce. Elle me dit qu’elle a mal au dos, qu’elle est fauchée, que le gouvernement se fout de sa gueule. Je crois bien qu’elle chiale dans son chiffon. Je lui caresse l’avant-bras. Je parle doucement : ça ira mieux demain ma grande. Elle écarte ma main. Bon allez Madame Lanot, je vais vous changer votre couche. J’ai honte de lui montrer mes fesses fripées et malodorantes. Parce que ma tête elle, elle n’est pas fripée. Elle fonctionne vous savez. Je vois tout. Toutes les saletés de l’âme humaine. Merci Martine, ça commençait à sentir mauvais. Elle se marre. Je ris aussi. Qu’y a-t-il d’autre à faire. Elle me parle de son petit dernier qui va pas fort. Problème de drogue. Police. Menottes. La mort aux trousses. Elle appuie sur mon radio cassette et met un peu de musique pendant qu’elle nettoie mes fesses. Pan pan cul cul. « Capri c’est fini et dire que c’était la ville de mon premier amour. Capri c’est fini je ne crois pas que j’y retournerai un jour ». Hervé Villard, le beau gosse. Comme j’aime cette chanson. Souvenir de bord de mer avec la Citroën. La Grande bleue sous le soleil. Un slow avec mon Eugène, mes lèvres au creux de son cou. Le tourbillon de la vie. Ils vous ont fait votre 4ème dose Madame Lanot. La magie, ça ne dure jamais longtemps. Oui, Martine, oui, vous pensez bien, ils veulent me garder en vie. Sourires entremêlés. On a compris toutes les 2. On sait qu’ils s’en fichent de nous. Que nous sommes des ombres. Bonne journée Madame Lanot. Bonne journée Martine. Elle ferme la porte. En douceur.

Nous n’irons plus jamais où tu m’as dit je t’aime. Nous n’irons plus jamais, ce soir c’est plus la peine. Non c’est plus la peine. Dans ma caboche d’ancêtre y a un livre et je choisis toujours la page que j’aime le plus. Celle où un soir de mai tu m’as serrée tout contre toi. Tu riais à pleines dents. Des belles grandes dents de gars solide qui mangeait la peau de ses rondelles de saucisson. Des bons gros bras de gars qui réparent les fissures dans les murs. Un bon gros cœur de gars qui ne fait pas toute une histoire de l’amour. Tu me manques. J’entends des pas dans le couloir, des sanglots étouffés. C’est Madame Leonetti, l’italienne, elle est morte. Parfois la nuit, elle écoutait du Bel Canto. Je ne disais rien, j’ai toujours aimé les bruits de la nuit et les chats qui font la fête. J’ai toujours aimé souffler sur les graines de pissenlit. Légèreté.

L’infirmière pénètre dans ma chambre comme un bulldozer. C’est une guerrière la Linda. C’est l’heure des médicaments Madame Lanot. Elle les pose sur ma table de chevet. J’attends qu’elle parte. Je planque tout sous le matelas, vu qu’ils ne le retournent jamais. Quand je serais cuite, le dirlo dira en singeant la tristesse : pauvre Madame Lanot, elle s’est laissé mourir. Mais pas du tout. Je me suis laissée vivre. Encore un peu.

Astrid Manfredi, Copyright tous droits réservés, le 26 janvier 2021

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Dans ce train, nous étions 2

Le nez sur un paysage

Grimoire inachevé

Dans ce train, nous étions 2

Enchevêtrés de lainages

Espérant autre chose

Mais sans la force qui ose

Dans ce train, nous étions 2

Nous nous tenions par les lèvres

Nous buvions du café-crème

Nous écoutions Alain Souchon

La ballade de Jim

Jim boit du Gin dans sa Chrysler

Ta mère était morte la veille

Tu as dit, dans son sommeil

Dans ce train, nous étions 2

Tes larmes à toute allure

Dans le reflet de la vitre

Ton enfance qui se floute

Peu de mots pour dire ta peine

Dans ce train, nous étions 2

Minces adultes de la ville

Visages érodés de brume

Baskets aux pieds sans courir

Pélerines humides, odeur de tabac

Dans ce train, nous étions 2

Bergerac, tout le monde descend

La Dordogne chatoyante et brune

Les pierres usées de trop d’histoires

La maison de tes premiers pas

Dans ce train, nous étions 2

Partir. Quitter la ville ?

Ton deuil pour nous mettre au monde

La pluie glacée de janvier

Une adresse sous un marronnier

Feuille morte sans destinataire

Le jardinier n’a pas dû passer

Te voila, revenu.

Astrid Manfredi, copyright tous droits réservés, le 17 janvier 2021

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Quelques bulles pour 2022 ! https://laisseparlerlesfilles.com/2022/01/04/quelques-bulles-pour-2022/ https://laisseparlerlesfilles.com/2022/01/04/quelques-bulles-pour-2022/#comments Tue, 04 Jan 2022 17:25:28 +0000 https://laisseparlerlesfilles.com/?p=5531 Lire la suite]]>

Ce qu’il faut de légèreté

Ce qu’il faut de légèreté

Un zeste de champagne rosé

Quelques éclats de mordoré

Bannir le ressac de la nausée

Les toussotements des apeurés

Ce qu’il faut de légèreté

T’écrire en robe de soie choc

Sur le bout des lèvres le mistral

Une cigarette en goguette

Ce qu’il faut de légèreté

Un bouquin perdu sur le sable

Des brassées vierges de mimosa

Rien que nos visages offerts

Nos sourires revenus de l’enfer

J’aimerais qu’on soit heureux, un peu

Même pas pour donner l’exemple

J’aimerais  m’avilir sous l’orage

Ereinter nos corps sous la nuit

Ce qu’il faut de légèreté

Ne plus s’anéantir avec Michel

Rire sous cape avec Sagan

Prendre la vie comme un refrain

S’affranchir des lois du solfège

Ce qu’il faut de légèreté

Parce que c’est notre identité

Rien qu’un va-et-vient sans projet

Des chemins traversés de cigales

Des valises légères à porter

Locataires d’un éternel été

J’aimerais qu’on s’étrenne en janvier

Rien que le temps d’une illusion

La vie en points de suspension

La légèreté pour horizon.

Astrid Manfredi, Copyright tous droits réservés, le 04 janvier 2022

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Vivre … https://laisseparlerlesfilles.com/2021/12/27/vivre/ https://laisseparlerlesfilles.com/2021/12/27/vivre/#respond Mon, 27 Dec 2021 09:11:56 +0000 https://laisseparlerlesfilles.com/?p=5527 Lire la suite]]>

« Ne pas mourir est une chose.
Vivre en est une autre.
Nous entrons dans une ère où l’homme cultive et multiplie tous les moyens de ne pas mourir (médecine, confort, assurances, distractions) tout ce qui permet d’étirer ou de supporter l’existence dans le temps, mais non pas de vivre.
Nous voyons poindre l’aurore douteuse et bâtarde d’une civilisation où le souci stérilisant d’échapper à la mort conduira les hommes à l’oubli de la vie. »

Gustave Thibon « Notre regard qui manque à la lumière », 1955.

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