« Diane Lanster » de Jean-Didier Wolfromm : un roman d’amour noir, un roman d’amour fou…

« Diane Lanster », un roman de Jean Didier Wolfromm
Les Cahiers Rouges Grasset

1ère de couverture Diane Lanster Jean-Didier Wolfrromm Les Cahiers Rouges Grasset

1ère de couverture Diane Lanster Jean-Didier Wolfromm Les Cahiers Rouges Grasset

Mais qui est donc Diane Lanster ? Une héroïne fatale de série noire ? Une égérie de la Nouvelle Vague ? Non, Diane Lanster est blonde, Diane Lanster est étudiante en art ascendant quartiers chics du Paris de la fin des années 50. Sa transgression : être aimée de Thierry le narrateur de cette passion en eaux troubles évoquant le climat sulfureux du long-métrage « Les tricheurs » de Marcel Carné.

Jeune homme solitaire, frappé par la poliomyélite et  tout un cortège de maladies de peau peu recommandables, Thierry végète et étudie les Arts-Déco parce qu’il faut bien faire quelque chose. Le corps lourdement handicapé, il se meut avec difficulté et peine à suivre ses cours. Seule Diane Lanster pose un regard bienveillant sur sa disgrâce. Entre la blonde amazone à la silhouette athlétique et Thierry le souffreteux naîtra une amitié singulière, de ces amitiés cruelles qui finissent immanquablement en histoire d’amour sans eau de rose.

Rageusement épris, Thierry va peu à peu infiltrer l’univers bien élevé de la jeune fille, partager thés à la bergamote et  fous rires mais aussi taire son orgueil lorsqu’il pressent  qu’une dangereuse pitié est à l’origine de l’affection qu’elle lui porte.  Trop ému pour déclarer son émoi, Thierry finit par lui écrire. La  lettre digne et âpre qu’il lui adresse  – faisant l’objet de ce roman –  revient sur la genèse d’un amour aussi tenace que fou parce que jamais dévoilé ni partagé. Sans larmoiements ni complaisance, il évoque son aveuglement, ses douleurs secrètes et plus largement les dernières illusions d’une jeunesse dorée avide de culture, de Jazz et de Riviera. Jusqu’à la révélation d’une tragique confidence … « Bonjour Tristesse », pourrait-on dire, car c’est bien de cette tristesse dont il est question. La tristesse des grands mutilés de l’amour.

Avec ce roman qui obtint le Prix Interallié en 1978, Jean-Didier Wolfromm s’impose comme un auteur nécessaire. Injustement méconnu, ce romancier journaliste de formation et  dandy de conviction, n’a pas besoin de sirupeuses digressions pour  serrer le cœur de ses lecteurs et convoquer les rivages  noirs de l’émotion. Plume classique et sobre sans être blanche, Jean-Didier Wolfromm  sait restituer avec  un sens du recueillement civilisé cette petite mort qu’est le grand amour, celui « tel qu’il ne peut être,  qu’à toute épreuve ».  Evocation raffinée  des derniers feux d’un monde bourgeois,  réflexion sensible et ombrageuse sur la mystification d’une femme et les dommages qu’une telle obsession occasionne, Diane Lanster est à  conserver précieusement dans votre bibliothèque. Au plus  près de la Nadja de Breton, une autre mutilée de l’amour fou aux yeux de fougère.

Astrid MANFREDI, le 20/05/2013

Le petit plus : Bande Annonce « Les tricheurs » de Marcel Carné

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